
Madagascar a déclaré l'état de sinistre national. Une mesure qui illustre la gravité de la situation après le passage successif de la tempête tropicale Fytia puis de la tempête tropicale intense Gezani. Ces phénomènes météorologiques, survenus à quelques jours d’intervalle, ont laissé derrière eux un paysage de désolation, notamment dans la région Atsinanana.
Face à l’ampleur des dégâts, les autorités ont estimé que le pays ne pouvait faire face seul à une telle catastrophe. C’est le passage du cyclone Gezani qui a particulièrement marqué les esprits. La région Atsinanana, et surtout la ville portuaire de Toamasina, ont été frappées de plein fouet. Selon le Bureau national de gestion des risques et des catastrophes (BNGRC), certains quartiers seraient détruits jusqu’à 90 %. Les habitations ont été arrachées, les toitures envolées, les infrastructures publiques gravement endommagées. Le bilan provisoire publié dernièrement fait état de plus de 40 morts et de plus de deux cent cinquante mille sinistrés. Derrière ces chiffres se cachent des familles endeuillées, des enfants privés d’école et des milliers de ménages sans abri.
Présent sur place depuis lundi, le chef de l’État, le colonel Michaël Randrianirina, a vécu le passage du cyclone aux côtés des habitants de Toamasina. Lui et son épouse ont pu constater de visu l’ampleur des dégâts dès les premières accalmies. Routes impraticables, réseaux électriques à terre, bâtiments administratifs inondés : la ville est apparue comme figée dans le chaos. La déclaration de sinistre national s’est ainsi imposée comme une évidence. Elle s’accompagne d’un appel à l’aide tous azimuts, tant au niveau national qu’auprès des partenaires internationaux. Car au-delà de l’urgence humanitaire immédiate – abris temporaires, vivres, soins médicaux –, se pose déjà la question du relèvement.
Chaque ménage touché aura besoin d’un accompagnement pour reconstruire son logement, relancer ses activités économiques et retrouver une vie digne. Les autorités doivent également anticiper les pénuries potentielles liées aux dégâts subis par la production agricole et aux perturbations du système d’approvisionnement des marchés. « La situation actuelle dépasse les capacités de Madagascar à elle seule », a reconnu le locataire d’Iavoloha, soulignant la nécessité d’une solidarité élargie.
Mobilisation des partenaires
Dans cette perspective, la mobilisation des partenaires techniques et financiers s’avère cruciale. Anthony Ngororano, coordonnateur résident du Système des Nations Unies (SNU), a réaffirmé l’engagement de l’ONU en faveur des zones sinistrées. Lors d’une rencontre avec la ministre des Affaires étrangères, Christine Razanamahasoa, il a évoqué une contribution humanitaire de cinq millions de dollars. Un appui significatif, mais qui ne représente qu’une partie des besoins estimés pour la reconstruction.
La déclaration de sinistre national ouvre également l’accès à des mécanismes financiers spécifiques. Parmi eux figure le Programme régional de préparation aux situations d’urgence et de relèvement inclusif, plus connu sous l’acronyme REPAIR, développé en partenariat avec la Banque mondiale. L’objectif de ce programme est de permettre, en quelques jours, la mobilisation de fonds d’urgence grâce à un système de prépositionnement des ressources. Selon les informations disponibles, une enveloppe de dix millions de dollars pourrait être débloquée rapidement à la demande de l’État.
En complément, Madagascar peut activer le Projet contingent d’intervention d’urgence (CERP), un instrument financier adossé aux prêts d’investissement de l’Association internationale de développement (IDA). Ce mécanisme offre un accès rapide à des financements en cas de crise imminente ou avérée. D’après les pétitions signées par le ministre de l’Économie et des Finances, plus de onze millions de dollars sont attendus pour le dispositif REPAIR, tandis que 19,52 millions de dollars pourraient être mobilisés via le CERP. À cela s’ajoutent d’autres outils comme le CERC et l’ARC, également financés par des partenaires internationaux.
Accélérer le déblocage des fonds
Le comité technique et le comité de pilotage du projet REPAIR, dirigés par le ministre de l’Économie et des Finances, le Dr Ramiarison Herinjatovo Aimé, se sont réunis en urgence à Anosy le 11 février 2026 pour examiner la demande de financement. L’objectif affiché est clair : accélérer le déblocage des fonds afin que l’aide parvienne aux sinistrés dans les meilleurs délais. Selon le BNGRC, 139 400 familles devraient bénéficier de ce soutien, avec des mesures ciblées et concrètes. Parmi les actions prévues figurent les activités HIMO (Haute intensité de main-d’œuvre), basées sur le principe « argent contre travail ». Il s’agira notamment de nettoyer les villes, réhabiliter les canaux et réparer certaines infrastructures, tout en offrant un revenu temporaire aux ménages touchés.
Des transferts monétaires directs sont également envisagés pour les familles les plus vulnérables, afin de leur permettre de répondre à leurs besoins prioritaires. La distribution de nourriture saine et l’achat de matériaux de construction pour la réhabilitation des maisons complètent ce dispositif. Toutefois, face à l’ampleur des destructions, ces financements, bien que substantiels, pourraient s’avérer insuffisants. La reconstruction des infrastructures publiques – routes, écoles, centres de santé, réseaux d’eau et d’électricité – nécessitera des investissements lourds et une coordination étroite entre les différents acteurs. Au-delà des chiffres, le véritable défi réside dans la capacité du pays à transformer cette épreuve en opportunité de renforcer sa résilience face aux chocs climatiques, dont la fréquence et l’intensité semblent s’accroître.
La déclaration de sinistre national marque donc un tournant. Elle reconnaît officiellement la gravité de la catastrophe et ouvre la voie à une mobilisation exceptionnelle des ressources. Mais elle rappelle aussi la vulnérabilité structurelle de Madagascar face aux aléas climatiques. Entre urgence humanitaire et reconstruction durable, le pays s’engage dans un processus long et exigeant. La solidarité nationale et internationale sera déterminante pour permettre aux populations sinistrées de retrouver, au plus vite, une vie normale et digne. Notons enfin que la Banque mondiale a fait savoir ce vendredi qu'elle va mobiliser immédiatement un premier plan de réponse d’urgence de 37 millions de dollars afin de répondre aux besoins les plus pressants et d’apporter une assistance directe à 40 000 premiers ménages impactés par les cyclones Fytia et Gezani.




