Le secteur textile malgache traverse une période de forte turbulence. Un des piliers de l’économie nationale, il représente près de 180 000 emplois directs et constitue l’un des principaux pourvoyeurs de devises du pays. Pourtant, depuis la fin de l’Accord sur la croissance et les opportunités économiques en Afrique (AGOA) le 30 septembre 2025, l’avenir de cette filière stratégique est sérieusement compromis.
Le Groupement des Entreprises Franches et Partenaires (GEFP), présidé par Hery Lanto Rakotoarisoa, tire aujourd’hui la sonnette d’alarme face à une situation jugée critique. Suite à l’expiration de l’AGOA, les entreprises franches exportatrices vers le marché américain ont multiplié les efforts pour préserver l’emploi et éviter le recours massif au chômage technique. Réorganisation interne, réduction des marges, maintien partiel des activités : les dirigeants ont tenté de limiter les impacts sociaux dans un contexte pourtant défavorable. Cependant, l’absence de visibilité sur le renouvellement de l’accord commence à produire des effets irréversibles.
En effet, le devenir de l’AGOA reste incertain à ce jour, la validation du Sénat américain et de l’exécutif des États-Unis étant toujours attendue. Pendant ce temps, à Madagascar, les conséquences économiques et sociales se font déjà sentir. Selon les estimations du GEFP, près de 7 000 emplois directs sont menacés de suppression dans les prochaines semaines. Ce chiffre, préoccupant, ne prend pas encore en compte les nombreux sous-traitants et petites structures dépendant de la filière textile, qui risquent également d’être touchés de plein fouet.
L’absence de l’AGOA entraînerait inévitablement une baisse significative des commandes en provenance des États-Unis, principal marché d’exportation des entreprises franches malgaches. Cette contraction des activités réduirait les devises rapatriées dans le pays, fragiliserait davantage l’Ariary et accentuerait la prolifération du secteur informel, déjà très présent. À terme, c’est l’ensemble de l’équilibre socio-économique qui pourrait être affecté. Face à cette urgence, le président du GEFP appelle à l’instauration rapide d’un dialogue tripartite entre l’État, les employeurs et les représentants des travailleurs. Parmi les mesures immédiates proposées figurent le remboursement accéléré des crédits de TVA, qui permettrait aux entreprises d’assurer le paiement des droits des travailleurs, ainsi que l’assouplissement des procédures de chômage technique afin de mieux gérer cette phase transitoire.
Hery Lanto Rakotoarisoa plaide également pour une implication directe des plus hautes autorités de l’État afin de renforcer la coopération bilatérale avec les États-Unis et militer en faveur du renouvellement de l’AGOA. "Dans ce contexte tendu, le GEFP souhaite une rencontre rapide avec le Président de la République pour discuter du sort des entreprises franches. Le groupement lance enfin un appel à la solidarité nationale, estimant que seule une mobilisation collective permettra de surmonter cette période d’incertitude et de préserver un secteur vital pour l’avenir économique et social de Madagascar", a-t-on aussi fait savoir.


