
Dans un contexte politique et économique marqué par la transition institutionnelle, l’Union européenne (UE) confirme son rôle de partenaire majeur de Madagascar en lançant de nouveaux appuis financiers destinés à soutenir plusieurs secteurs stratégiques. Ces initiatives visent notamment le développement des services de base, la protection de l’environnement et l’amélioration de la compétitivité des entreprises exportatrices.
Depuis la chute du régime Rajoelina et la mise en place d’un pouvoir de transition dirigé par le colonel Michaël Randrianirina, président de la Refondation depuis le 14 octobre 2025, Madagascar a progressivement renoué avec la coopération internationale. Parmi les partenaires qui ont rapidement réaffirmé leur engagement figure l’Union européenne. Cette reprise de la coopération s’est concrétisée le 17 février dernier par la signature de trois conventions de financement entre le ministre malgache de l’Économie, Herinjatovo Ramiarison, et l’ambassadeur de l’UE à Madagascar, Roland Kobia. Plusieurs États membres, dont la France et l’Allemagne, participent également à ces programmes.
Au total, ces accords représentent une enveloppe de 75 millions d’euros accordée sous forme de dons non remboursables. L’objectif est d’apporter un soutien direct aux politiques publiques malgaches tout en favorisant un développement durable et inclusif dans différentes régions du pays. L'un des plus importants de ces financements, d’un montant d’environ 30 millions d’euros, concerne le Programme d’Appui au Développement Intégré en Périphérie des Aires Protégées (PADIPAP). Ce programme vise à renforcer la protection de l’environnement et à améliorer les conditions de vie des populations vivant à proximité des aires protégées. Madagascar est mondialement reconnu pour sa biodiversité exceptionnelle et son taux d’endémisme particulièrement élevé, tant pour la faune que pour la flore. Le pays compte aujourd’hui plus de 120 aires protégées couvrant plus de 10 % du territoire national, et plusieurs autres projets de création sont en préparation.
Environnement et développement local
Le PADIPAP entend concilier préservation de l’environnement et développement local. Concrètement, il prévoit d’accompagner les communautés rurales dans la mise en place d’activités agricoles durables afin de réduire la pression humaine sur les forêts et les espaces naturels. En améliorant les pratiques agricoles et en diversifiant les sources de revenus des populations locales, le programme ambitionne de limiter la déforestation et la dégradation des écosystèmes. Initialement lancé avec l’appui de la coopération allemande, notamment la Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit et le Ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement, ce programme bénéficie désormais d’un financement renforcé de Bruxelles jusqu’en 2031.
Le deuxième financement concerne l’amélioration des services de base dans la ville portuaire de Toamasina, deuxième agglomération du pays et durement touchée dernièrement par le cyclone Gezani. Doté de près de 26 millions d’euros, le Projet Eau et Assainissement à Toamasina (PEAT) vise à moderniser et renforcer les infrastructures d’eau potable et d’assainissement dans cette ville qui compte environ 500 000 habitants et connaît une croissance démographique rapide. Ce projet prévoit notamment la construction d’une nouvelle centrale de traitement d’eau potable ainsi que la réhabilitation et l’extension des réseaux de distribution. Il inclut également la mise en place d’une station de traitement des boues et l’actualisation du schéma directeur d’assainissement de la ville. Ces investissements doivent permettre d’améliorer l’accès à l’eau potable et de réduire les risques sanitaires liés à l’insuffisance des infrastructures existantes. Le projet sera mis en œuvre en partenariat avec la compagnie publique malgache Jirama, chargée de la gestion de l’eau et de l’électricité dans le pays.
Le calendrier de ce financement intervient à un moment particulièrement critique. La ville de Toamasina a récemment subi d’importants dégâts lors du passage du cyclone Cyclone Gezani au début du mois de février, qui a fortement endommagé plusieurs infrastructures urbaines, notamment dans les secteurs de l’eau et de l’électricité. La troisième ligne de financement, d’un montant de plus de 18 millions d’euros, est destinée au programme ACTE (Appui au commerce pour une transformation économique). Ce programme vise à renforcer la compétitivité du secteur privé malgache et à stimuler les exportations. L’objectif est de soutenir une croissance économique durable et de favoriser la création d’emplois.
Accompagner les entreprises malgaches
Le programme ACTE repose sur trois axes principaux. Le premier consiste à améliorer le cadre réglementaire et le climat des affaires. Il prévoit notamment des mesures visant à faciliter les échanges commerciaux, encourager les investissements et moderniser certaines procédures administratives grâce à la digitalisation. Le second axe concerne le renforcement des capacités des entreprises locales afin d’améliorer leur compétitivité, notamment en matière de production responsable et de respect des normes sociales et environnementales exigées sur les marchés internationaux. Enfin, le troisième axe vise à accompagner les entreprises malgaches dans leur accès au marché européen. Cela inclut l’aide au respect des normes de qualité et des exigences environnementales nécessaires pour exporter vers l’Europe, un enjeu crucial pour plusieurs secteurs clés de l’économie malgache.
Au-delà de ces nouveaux financements, l’Union européenne demeure l’un des principaux partenaires du développement de Madagascar. En 2024, Bruxelles a accordé 235 millions d’euros, sous forme de dons et de prêts de la Banque européenne d’investissement, pour la rénovation de 345 kilomètres de routes nationales, notamment les axes RN6 et RN13. Dans le cadre de l’initiative européenne Global Gateway, la BEI soutient également le secteur privé. En avril 2025, elle a ainsi accordé un prêt de 100 millions de dollars au groupe malgache Axian Telecom pour développer ses réseaux mobiles à haut débit à Madagascar et en Tanzanie.
Selon les prévisions du Fonds monétaire international, l’économie malgache devrait enregistrer une croissance d’environ 4,3 % cette année. Toutefois, ces estimations ont été établies avant les dégâts causés par plusieurs cyclones récents, notamment Cyclone Fytia et le cyclone Gezani, qui ont frappé le pays début février. Malgré ces perspectives de croissance, Madagascar reste confronté à d’importants défis économiques et sociaux. Avec un produit intérieur brut par habitant d’environ 615 dollars par an, le pays demeure l’un des plus pauvres au monde. Dans ce contexte, les partenariats internationaux, en particulier avec l’Union européenne, jouent un rôle essentiel pour soutenir les investissements, moderniser les infrastructures et favoriser le développement économique durable de la Grande Île.



