Àu Congo Brazzaville, Madagascar s'active pour repositionner son discours économique auprès des bailleurs internationaux. En marge des Assemblées annuelles du Groupe de la Banque africaine de développement (BAD), la délégation conduite par le ministre de l’Économie et des Finances, Aimé Ramiarison Herinjatovo, défend une ligne plus pragmatique sur l’utilisation des financements extérieurs.
Le gouvernement malgache souhaite désormais voir les appuis internationaux davantage orientés vers les priorités nationales et assortis d’impacts mesurables sur l’économie réelle. Dans les échanges menés avec les partenaires techniques et financiers, Antananarivo insiste sur la nécessité de sortir d’une logique de dispersion des ressources. Les responsables estiment que les financements concessionnels doivent désormais cibler plus directement les secteurs susceptibles de produire des effets rapides sur la croissance et les conditions de vie des populations. Les besoins liés à l’énergie, à l’accès à l’eau, aux infrastructures économiques et aux services publics de base figurent ainsi au premier rang des priorités défendues par la délégation.
Cette stratégie intervient dans un contexte où les autorités cherchent à accélérer la relance économique sans alourdir excessivement les déséquilibres budgétaires. Pour le ministère en charge des Finances, les investissements soutenus par les bailleurs doivent contribuer significativement à renforcer les capacités productives du pays et à soutenir la montée en puissance du secteur privé local. Madagascar veut notamment améliorer la compétitivité de ses entreprises et renforcer l’intégration des chaînes de valeur nationales. Selon des sources proches des discussions, la question de la productivité occupe une place centrale dans les négociations engagées à Brazzaville. Le gouvernement plaide pour des financements capables de soutenir la transformation agricole, l’industrialisation légère et les infrastructures logistiques.
Mise en avant des réformes
Outre les besoins d’investissement, la délégation malgache cherche aussi à convaincre ses partenaires de la crédibilité des réformes engagées. Le renforcement des ressources domestiques figure parmi les axes majeurs de la stratégie présentée à Brazzaville. Les autorités mettent en avant la modernisation du système fiscal, la digitalisation de l’administration publique, l’élargissement de l’assiette fiscale ainsi que l’amélioration des mécanismes de transparence financière. L’objectif affiché consiste à réduire progressivement la dépendance structurelle du pays à l’égard des financements extérieurs.
Le gouvernement entend également faire de la jeunesse un pilier central de sa stratégie économique. Formation professionnelle, entrepreneuriat, inclusion financière et développement des compétences numériques sont présentés comme des leviers indispensables pour absorber la pression démographique et stimuler la création d’emplois. Pour l’exécutif, le défi consiste désormais à transformer le potentiel démographique du pays en moteur de croissance durable.
Enfin, Madagascar cherche à mieux valoriser son capital naturel dans ses discussions avec les institutions financières internationales. Biodiversité, forêts tropicales et services écosystémiques sont de plus en plus présentés comme des actifs stratégiques susceptibles de mobiliser des financements climatiques innovants. À Brazzaville, les autorités malgaches veulent ainsi imposer l’image d’un partenaire réformateur, désireux de construire avec la BAD une relation davantage orientée vers les résultats économiques et la transformation structurelle du pays.


