Depuis sa nomination à la tête du ministère de l’Économie et des Finances en octobre 2025, le Dr Herinjatovo Ramiarison s’emploie à imprimer une ligne claire à l’action publique : la rigueur budgétaire comme socle de la crédibilité de l’État et de l’efficacité des politiques publiques.
Pour celui qui pilote l'un des départements les plus stratégiques du gouvernement, la dépense publique ne peut plus être conçue comme une simple mécanique administrative. "Chaque ariary engagé doit produire des effets tangibles, que ce soit en matière d’amélioration des conditions de vie de la population ou de stimulation de la croissance économique", a-t-il soutenu avant de noter que cette exigence constitue aujourd’hui le fil conducteur des réformes engagées au sein du ministère de l’Économie et des Finances (MEF). C'est dans cette perspective qu'est mis en avant une série de réformes axées sur la discipline budgétaire, la mobilisation des ressources internes et la modernisation de l’administration financière, avec un objectif transversal : renforcer la transparence et la confiance.
Le premier marqueur de cette nouvelle dynamique est donc clairement budgétaire. Le Projet de Loi de Finances (PLF) 2026 a été déposé dans les délais légaux, avant d’être adopté par l’Assemblée nationale le 26 novembre, puis par le Sénat le 5 décembre. Le ministre a indiqué que ces débats parlementaires ont bénéficié d’un appui technique renforcé, traduisant une volonté d’améliorer la qualité de l’information budgétaire mise à disposition des décideurs. Et le Grand argentier de poursuivre que cette séquence institutionnelle a revêtu une importance stratégique, l'objectif étant de sécuriser très en amont le cadre des dépenses publiques pour l’exercice 2026 et de réduire l’incertitude, tant pour les administrations que pour les acteurs économiques. C'est dans cette logique que la préparation du budget d’exécution a été engagée dès la mi-décembre, avec l’ambition de rendre le budget "utilisable le plus tôt possible". Des travaux ont également porté sur la circulaire d’exécution budgétaire 2026, avec une orientation assumée vers l’allègement des procédures, tout en respectant strictement les textes en vigueur, afin de fluidifier l’exécution et d’assurer la continuité des services publics.
Le Dr Herinjatovo Ramiarison a aussi soutenu qu'au-delà des réformes, Madagascar veut lancer un signal politique et financier fort : le retour progressif de la confiance des partenaires techniques et financiers. Les échanges conduits avec la Banque mondiale, le Fonds monétaire international (FMI), la Banque africaine de développement (BAD) et l’Union européenne ont permis de réaffirmer l’alignement des appuis extérieurs sur les priorités nationales. Ils ouvrent également la voie à une reprise plus rapide des décaissements, attendue pour accélérer la mise en œuvre des programmes publics. Dans le même temps, ces discussions techniques et de haut niveau ont contribué à consolider un cadre de coopération jugé plus crédible, avec une négociation active des financements orientée vers des résultats mesurables et une meilleure efficacité de mise en œuvre.
Modernisation de l’administration financière
Au niveau des premiers résultats engrangés, le MEF note qu'à fin décembre, les recettes douanières s’élèvaient à plus de 3 954,8 milliards d’ariary, tandis que les recettes fiscales atteignaient plus de 4 897,43 milliards d’ariary. Bien que ces chiffres ne soient pas encore définitifs pour l’année 2025, ils traduisent déjà une performance jugée encourageante. L’élargissement de l’assiette fiscale figure parmi les principaux leviers mis en avant, avec 1 576 334 contribuables fiscalement immatriculés au 28 décembre 2025. Sur le plan de l’intégrité, le ministre a indiqué un renforcement des contrôles, notamment post-dédouanement. Des contrôles qui ont permis de mettre en évidence des droits et taxes compromis ou éludés, pour un montant avoisinant 687,18 millions d’ariary sur la seule période du 12 au 18 décembre. La transparence budgétaire se traduit, pour sa part, par des outils de communication publique. À cet égard, le "Budget des citoyens", adossé à la loi de finances 2026 et actuellement en cours de finalisation, vise à rendre le budget de l’État plus accessible et compréhensible pour le grand public.
Pour le MEF, la modernisation de l’administration financière constitue un autre pilier de son action. Le déploiement du système SAFI dans des unités pilotes, la vulgarisation de la plateforme e-Hetra, ainsi que les avancées enregistrées sur e-GP et AUGURE, s’accompagnent d’un renforcement de la gouvernance et de la cybersécurité des systèmes d’information. Fin décembre, le ministère a affirmé que ces systèmes étaient pleinement disponibles pour assurer la clôture des engagements de l’exercice 2025. Au niveau territorial, ce même département a déclaré avoir accompagné les communes dans l’arrêté de leurs comptes et la consolidation des données, afin d’alimenter les statistiques de finances publiques. L’enjeu, a-t-on aussi fait savoir, est désormais de transformer ces jalons techniques et institutionnels en résultats concrets sur le terrain. Si le Plan de relance tient ses promesses, la discipline budgétaire et la modernisation devront rapidement se traduire par des investissements visibles, des services publics plus efficaces et une confiance renforcée de l’économie.
A savoir, par ailleurs, que lors de son passage sur le plateau de la télévision nationale TVM, ce mardi, le Dr Herinjatovo Ramiarison a soutenu que les promesses faites par le gouvernement pour améliorer les conditions de vie des concitoyens seront tenues et se conformeront au calendrier établi. Ainsi, la revalorisation de 14 % des salaires des fonctionnaires devrait se refléter dès ce mois de janvier sur les bons de caisse. Le Grand argentier a toutefois indiqué que certains ajustements techniques pourraient occasionner des délais dans le traitement de la paie. L’objectif demeure néanmoins une prise en compte immédiate de la revalorisation sur la rémunération en cours. " En cas de décalage, les bénéficiaires percevront l’intégralité de leurs droits sous forme de rappel pour le mois de janvier ", a-t-il assuré. Pour rappel, cette revalorisation générale des salaires est inscrite dans la Loi de finances initiale (LFI) 2026. Celle-ci prévoit également l’octroi de primes ciblées au profit de secteurs jugés prioritaires, notamment l’éducation, la santé et la sécurité. Ces différentes mesures ont conduit à une révision à la hausse de la masse salariale de l’État, désormais évaluée à 4 852,76 milliards d’ariary pour l’année 2026.
Relance économique
A noter enfin qu'à peine l’exercice budgétaire 2026 entamé, le ministre de l’Économie et des Finances a annoncé une révision des perspectives de croissance pour l’année en cours, désormais estimée à 6 %. Cette déclaration marque un changement notable par rapport aux prévisions initiales arrêtées dans la Loi de finances initiale (LFI) 2026, qui tablait sur un taux de croissance de 4,8 %. Avec un gain de 1,2 point de pourcentage, ce nouvel objectif traduit un optimisme assumé de l’exécutif quant à la dynamique économique attendue en 2026. Selon le ministre, cette réévaluation repose sur plusieurs signaux jugés encourageants, tant sur le plan macroéconomique que budgétaire. Elle s’inscrit également dans la continuité des réformes engagées en matière de discipline budgétaire, de mobilisation des ressources internes et de relance de l’investissement public et privé.
Dans la LFI 2026, l’État avait déjà anticipé des perspectives économiques globalement positives, malgré un contexte contraint. Le document budgétaire reconnaissait en effet l’existence de freins structurels persistants, liés notamment à la vulnérabilité de l’économie malgache face aux chocs externes, aux limites des infrastructures et à la dépendance à certains secteurs clés. Néanmoins, le gouvernement avait alors misé sur une reprise progressive de l’activité, soutenue par les investissements publics, la relance des projets structurants et l’amélioration du climat des affaires. La révision à la hausse annoncée par le ministre intervient dans un contexte où les autorités cherchent à renforcer la crédibilité de la politique économique et à restaurer la confiance des acteurs économiques et des partenaires techniques et financiers. Le retour progressif des financements extérieurs, conjugué à une meilleure exécution budgétaire, est présenté comme un levier essentiel pour accélérer la croissance et soutenir les secteurs productifs.
Toutefois, le gouvernement demeure conscient des incertitudes qui continuent de peser sur l’environnement économique, tant au niveau national qu’international. Les tensions géopolitiques persistantes peuvent toujours affecter les échanges commerciaux, ainsi que la volatilité des cours des produits de base, qui influence directement les recettes d’exportation et les équilibres macroéconomiques. Dans ce contexte, l’objectif de 6 % de croissance apparaît à la fois ambitieux et exigeant. Il suppose une accélération effective de la mise en œuvre des politiques publiques, une absorption plus rapide des investissements programmés et une amélioration tangible de l’environnement économique. Si cette dynamique se confirme, elle pourrait marquer un tournant pour l’économie malgache en 2026. Mais la réalisation de cette ambition dépendra largement de la capacité du gouvernement à maintenir la stabilité macroéconomique, à gérer les risques externes et à assurer une croissance plus inclusive et durable. Ce sera justement l'un des sujets de taille qui seront discutés lors des Assises de la relance économique qui se tiendront au CCI Ivato ce lundi 19 janvier.




