Près de deux mois après le lancement des Assises pour la relance économique, les acteurs publics et privés ont présenté, le 9 mars, une série de mesures jugées prioritaires pour soutenir la reprise de l’économie malgache. Cette rencontre, qui s’inscrit dans un contexte marqué par des contraintes structurelles persistantes, a permis d’identifier plusieurs réformes considérées comme essentielles pour améliorer l’environnement économique du pays.
Les propositions issues de ces Assises couvrent plusieurs domaines stratégiques, notamment le climat des affaires, la fiscalité, la compétitivité, l’agribusiness, le numérique, le textile et le tourisme. L’objectif affiché est de lever certains obstacles qui freinent l’investissement et la création d’emplois dans la Madagascar. Parmi les principaux défis identifiés figure l’état des infrastructures. Le réseau routier, en particulier, est souvent cité comme un facteur limitant pour les échanges commerciaux et la circulation des biens. Les participants ont ainsi recommandé d’accélérer les procédures de passation des marchés publics et les mécanismes de décaissement des financements afin de lancer plus rapidement les travaux de réhabilitation et d’entretien des routes.
L’amélioration des infrastructures de transport est perçue comme un levier pour réduire les coûts logistiques et renforcer les échanges économiques entre les différentes régions du pays. L’accès à l’électricité constitue un autre enjeu majeur soulevé lors des discussions. Les acteurs économiques ont notamment insisté sur la nécessité de mettre en œuvre le plan de redressement de la société nationale d’eau et d’électricité, JIRAMA. Parallèlement, ils préconisent d’encourager davantage l’autoproduction d’énergie par les entreprises privées, notamment à travers le développement des sources renouvelables.
La question foncière reste également un frein important à l’implantation de nouvelles activités économiques. Les recommandations formulées lors des Assises incluent l’accélération des procédures de titrisation des terrains et la constitution de réserves foncières sécurisées. Ces espaces pourraient être destinés au développement de zones industrielles, agricoles ou touristiques, afin de faciliter l’installation d’investisseurs. Plusieurs mesures visent aussi à simplifier les démarches administratives pour les entreprises. La digitalisation de certaines procédures, notamment l’obtention de licences et d’autorisations, fait partie des pistes envisagées. Les participants ont également évoqué la possibilité de généraliser le renouvellement automatique pour certaines formalités administratives.
Sur le plan fiscal, les discussions ont porté sur des réformes susceptibles d’améliorer les relations entre l’administration et les entreprises. Parmi les propositions figurent la stabilisation des règles fiscales, une plus grande transparence concernant les taxes locales et parafiscales, ainsi que la suppression de la TVA appliquée aux intérêts financiers, une mesure qui pourrait faciliter l’accès au crédit. Les Assises ont également abordé la question de l’industrialisation. La création de zones économiques spéciales a été évoquée comme un outil pour attirer les investissements et renforcer la production locale. L’idée serait de développer au moins un parc industriel dans chaque province, afin de favoriser l’implantation d’entreprises et d’encourager les investissements directs étrangers.
Dans le secteur agricole, qui demeure l’un des piliers de l’économie malgache, les participants ont souligné l’importance de structurer les chaînes de valeur et de développer les industries de transformation. La mise en place de pôles d’agribusiness reliant zones de production, unités de transformation et marchés figure parmi les pistes avancées. La transformation numérique est également présentée comme un levier de modernisation de l’économie. L’extension de l’accès au haut débit, la mutualisation des infrastructures de télécommunications et la promotion des paiements numériques font partie des orientations envisagées.
Enfin, certains secteurs clés de l’économie ont fait l’objet de recommandations spécifiques. Le secteur textile, important pour les exportations, pourrait bénéficier notamment du remboursement des crédits de TVA dus aux entreprises franches et de la création d’un institut national de formation dédié. De son côté, le tourisme, qui a généré 776 millions de dollars de recettes en 2024, pourrait voir sa gouvernance renforcée, notamment à travers la création d’un Conseil national du tourisme et d’un comité chargé du développement des routes aériennes. Si ces propositions dessinent les contours d’une stratégie de relance économique, plusieurs acteurs soulignent que leur impact dépendra surtout de leur mise en œuvre effective dans les mois à venir. Dans un contexte marqué par des infrastructures fragiles et un climat des affaires souvent jugé incertain, la capacité des autorités à traduire ces recommandations en actions concrètes reste un enjeu central.


