Le gouvernement malgache acte l’ajustement de sa politique budgétaire pour l’exercice 2026. Présenté à l’Assemblée nationale de Tsimbazaza par le ministre de l’Économie et des Finances, Herinjatovo Aimé Ramiarison, le Projet de loi de finances rectificative (PLFR) 2026 introduit plusieurs modifications destinées à répondre aux évolutions du contexte économique national et international.
Selon les explications fournies, les amendements proposés traduisent une volonté de concilier plusieurs objectifs parfois contradictoires : soutenir l’activité économique, préserver le pouvoir d’achat des ménages, renforcer la compétitivité de certains secteurs productifs et maintenir l’équilibre des finances publiques. Les mesures annoncées portent aussi bien sur la fiscalité que sur les dépenses publiques et les mécanismes de soutien à l’économie. Parmi les dispositions les plus commentées figure la suspension de la Taxe sur les véhicules motorisés (TVM). Initialement prévue dans le cadre des réformes fiscales, cette taxe a suscité de nombreuses réactions au sein de l’opinion publique et parmi les acteurs économiques.
Face aux interrogations et aux critiques exprimées, l’exécutif a choisi de ne pas procéder à son application. "Cette décision marque la volonté des autorités de réexaminer certaines mesures fiscales lorsqu’elles risquent de produire des effets économiques ou sociaux jugés sensibles. La suspension de la TVM permet ainsi d’éviter, à court terme, une augmentation des charges pesant sur les propriétaires de véhicules particuliers et professionnels", a-t-on indiqué. Le PLFR 2026 prévoit également plusieurs mesures destinées à améliorer les conditions de financement des entreprises. La principale concerne la suppression de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) appliquée aux intérêts des crédits bancaires.
Cette mesure vise à réduire le coût global de l’emprunt pour les opérateurs économiques. Dans un environnement où les taux d’intérêt demeurent relativement élevés et où l’accès au financement constitue un défi pour de nombreuses entreprises, notamment les petites et moyennes structures, cet allègement fiscal pourrait contribuer à stimuler l’investissement productif. Les autorités espèrent ainsi encourager les entreprises à recourir davantage au crédit pour financer leurs projets d’expansion, moderniser leurs équipements ou renforcer leurs capacités de production. À moyen terme, une amélioration des conditions de financement pourrait favoriser la création d’emplois et soutenir la croissance économique.
Renforcement des recettes publiques
Le gouvernement prévoit également une réduction des droits d’accises appliqués à la filière orge. Cette décision s’inscrit dans une logique de soutien ciblé à certaines activités économiques confrontées à des contraintes de coûts ou à des enjeux de compétitivité. La baisse de cette fiscalité indirecte vise à alléger les charges supportées par les opérateurs concernés et à préserver leur capacité de production. Cette orientation reflète une approche sélective de la politique fiscale, consistant à accorder des ajustements à des secteurs jugés stratégiques ou particulièrement exposés aux fluctuations des marchés.
Si plusieurs mesures d’allègement fiscal figurent dans le texte rectificatif, le gouvernement maintient parallèlement son objectif d’amélioration des recettes publiques. Les autorités comptent notamment sur une meilleure efficacité du recouvrement fiscal et douanier pour accroître les ressources de l’État. Les actions envisagées comprennent également la récupération de créances détenues par certaines entreprises publiques ainsi que le renforcement de la lutte contre la fraude et l’évasion fiscales.
L'objectif annoncé est de compenser les pertes de recettes liées à certains allègements fiscaux par une amélioration de la performance administrative et une meilleure mobilisation des ressources existantes. Dans un contexte marqué par des besoins importants en financement public, l’élargissement de la base fiscale apparaît comme un enjeu majeur pour les finances nationales. L’un des principaux volets budgétaires du PLFR 2026 concerne le secteur énergétique. Le gouvernement prévoit une enveloppe de 419 milliards d’ariary destinée à atténuer les conséquences de la hausse des prix internationaux du pétrole.
Cette intervention devrait limiter les répercussions de la volatilité des marchés énergétiques sur les prix des carburants distribués sur le marché intérieur. Les autorités cherchent ainsi à éviter une transmission intégrale des hausses internationales vers les consommateurs et les entreprises. Les enjeux sont particulièrement importants dans la mesure où le coût du carburant influence directement les dépenses de transport, les coûts logistiques des entreprises ainsi que les prix de nombreux biens de consommation. Une augmentation importante des prix à la pompe pourrait alimenter les tensions inflationnistes et réduire le pouvoir d’achat des ménages.
La mise en place de cette subvention traduit donc un arbitrage budgétaire visant à préserver une certaine stabilité économique dans un environnement international marqué par l’incertitude géopolitique et les fluctuations des marchés pétroliers. Le secteur agricole occupe également une place centrale dans les nouvelles orientations budgétaires. Afin de renforcer la protection de la production locale, le gouvernement envisage l’instauration d’une taxe de 20 % sur les importations de riz. Cette mesure poursuit un objectif de compétitivité en cherchant à réduire l’avantage tarifaire dont peuvent bénéficier certains produits importés face à la production nationale. Les autorités espèrent ainsi encourager les investissements dans la filière rizicole locale et soutenir les revenus des producteurs.
Des crédits additionnels
Toutefois, comme toute mesure de protection commerciale, son impact dépendra de plusieurs facteurs, notamment de la capacité de la production nationale à répondre à la demande intérieure en quantité et en qualité. Parallèlement, le gouvernement prévoit une réduction de certaines taxes appliquées aux herbicides. Cette disposition vise à diminuer les coûts de production supportés par les exploitants agricoles. En réduisant les charges liées aux intrants, les autorités cherchent à améliorer la productivité du secteur et à renforcer les capacités de production agricole du pays.
Outre les mesures économiques et fiscales, le PLFR 2026 prévoit des crédits additionnels destinés à financer plusieurs priorités nationales. Les préparatifs des prochaines échéances électorales figurent parmi les dépenses identifiées dans le budget rectificatif. Des ressources sont également prévues pour l’organisation du processus de concertation nationale. Par ailleurs, des financements supplémentaires seront mobilisés pour les programmes de reconstruction après les catastrophes naturelles, un enjeu récurrent pour Madagascar en raison de sa vulnérabilité aux cyclones, aux inondations et aux sécheresses.
Le gouvernement prévoit en outre la hausse des investissements dans le secteur de l’énergie, considéré comme un levier essentiel de développement économique. Le renforcement de la décentralisation et de la déconcentration budgétaire constitue également l’un des axes retenus afin d’améliorer l’efficacité de l’action publique au niveau local. Lors de la présentation du texte devant les députés, le ministre de l’Économie et des Finances a rappelé que l’économie informelle demeure l’un des principaux défis structurels du pays. Une part importante de la population active exerce encore ses activités en dehors des circuits économiques formels. Cette situation limite la capacité de l’État à mobiliser des recettes fiscales tout en compliquant la mise en œuvre de certaines politiques publiques.
Pour les autorités, l’élargissement de l’assiette fiscale constitue une condition indispensable au financement durable des infrastructures, des services publics et des investissements nécessaires au développement économique. L’amélioration du civisme fiscal et l’intégration progressive des activités informelles dans l’économie formelle figurent ainsi parmi les objectifs de long terme du gouvernement.




