Ingénieur agronome de formation et entrepreneur marocain, Jaouad Zerouali est le fondateur d'ATLAS GEOFORG, une startup spécialisée dans les technologies de pointe appliquées à l'agriculture et à la santé humaine. Fort de plus de vingt années d'expérience dans le secteur agricole et agro-industriel, il défend une vision où l'intelligence des données devient un levier de souveraineté alimentaire, de prévention sanitaire et de coopération Sud-Sud. Rencontre.
Après plus de deux décennies de carrière dans l'agriculture, pourquoi avoir créé ATLAS GEOFORG ?
Après vingt-quatre ans passés sur le terrain, à diriger des coopératives, des sites industriels et plusieurs activités agricoles, j'ai constaté que de nombreux problèmes étaient traités une fois qu'ils étaient déjà installés. En agriculture comme en santé, nous intervenons souvent trop tard. J'ai donc voulu créer une entreprise capable de développer des technologies qui permettent d'anticiper les difficultés avant qu'elles ne deviennent critiques.
C'est ainsi qu'est née ATLAS GEOFORG, une startup marocaine qui réunit des ingénieurs agronomes, des spécialistes de l'intelligence artificielle, des médecins, des chirurgiens ainsi que des experts en économie et en santé. Notre approche repose sur trois principes : écouter, comprendre et anticiper. Nos innovations sont protégées par des brevets déposés auprès de l'Office Marocain de la Propriété Industrielle et Commerciale (OMPIC), ce qui témoigne de leur caractère innovant.
Votre solution Nutri-Scan ESP est présentée comme une innovation majeure pour l'agriculture. En quoi consiste-t-elle ?
Nutri-Scan ESP est un système de diagnostic prédictif qui analyse simultanément plusieurs éléments essentiels : l'eau d'irrigation, la solution du sol à différentes profondeurs, la plante elle-même ainsi que le microbiote du sol. Cette lecture globale permet d'identifier les déséquilibres nutritionnels et de détecter certaines maladies jusqu'à vingt et un jours avant l'apparition des premiers symptômes visibles.
Les résultats obtenus sur le terrain sont particulièrement encourageants. Nous avons observé une réduction d'environ 30 % des apports en engrais, une baisse de 60 % des traitements phytosanitaires, une augmentation de 15 % des rendements et l'absence de refus de productions à l'exportation liés à des problèmes de conformité.
Le brevet de Nutri-Scan ESP a reçu un avis positif de l'OMPIC, confirmant la nouveauté, l'activité inventive et l'applicabilité industrielle de cette technologie. Notre ambition est d'aider les agriculteurs à produire davantage tout en réduisant leur impact environnemental.
Vous développez également des solutions dans la santé humaine. Quel est l'objectif de CELLEXORA ?
CELLEXORA applique au domaine médical la même logique que celle développée pour l'agriculture : analyser plusieurs sources d'information simultanément afin de détecter des relations invisibles.
Aujourd'hui, les examens biologiques sont souvent interprétés séparément. Une analyse de sang produit un résultat, une analyse du microbiote un autre, sans toujours établir les liens entre ces différentes données. C'est une solution innovante qui réalise une lecture croisée et synchronisée de ces paramètres grâce à un procédé algorithmique breveté. L'objectif est d'identifier les causes profondes d'un déséquilibre avant l'apparition de symptômes importants.
Prenons l'exemple d'un patient souffrant de fatigue chronique. Une analyse classique peut révéler une carence en fer. Une autre peut montrer une inflammation intestinale. Avec une lecture isolée, ces deux résultats sont traités indépendamment. CELLEXORA établit au contraire le lien de causalité entre les deux situations et montre que l'inflammation empêche l'absorption du fer. Le traitement cible alors la véritable cause du problème. Notre objectif est de contribuer au développement d'une médecine davantage orientée vers la prévention et l'anticipation.
Vous travaillez aussi sur Shadow Vortex Oracle. Quel est le potentiel de ce projet ?
C'est un projet actuellement en développement qui vise à accélérer considérablement la création de nouvelles variétés de semences. Les méthodes traditionnelles nécessitent généralement entre dix et quinze années de sélection. Notre procédé algorithmique ambitionne de réduire ce délai à seulement deux ou trois ans.
Dans un contexte marqué par le changement climatique, cette accélération est à même de développer plus rapidement des variétés plus résistantes, plus productives et mieux adaptées aux contraintes locales. La demande de brevet est actuellement en cours d'examen auprès de l'organisme public chargé de la protection de la propriété industrielle et commerciale, l'OMPIC. Nous considérons cette innovation comme un outil stratégique pour renforcer la sécurité alimentaire et accompagner les agriculteurs face aux défis de demain.
Pourquoi souhaitez-vous développer une coopération avec Madagascar ?
Le choix de Madagascar dépasse largement le cadre économique. Il repose sur une histoire commune forte entre nos deux pays. Durant son exil à Antsirabe, entre 1954 et 1955, Feu Sa Majesté le Roi Mohammed V a noué des liens profonds avec le peuple malgache. Cette période a marqué durablement les relations entre le Maroc et Madagascar. Aujourd'hui, nous souhaitons prolonger cette histoire à travers une coopération tournée vers l'avenir. Madagascar possède un immense potentiel agricole avec des productions stratégiques comme le riz, la vanille, le girofle ou encore le litchi. Nos technologies, notamment Nutri-Scan ESP et, à terme, Shadow Vortex Oracle, pourraient contribuer à renforcer la résilience des exploitations agricoles.
De la même manière, CELLEXORA pourrait accompagner le développement d'une médecine plus préventive. Notre ambition est de bâtir un partenariat Sud-Sud fondé sur le partage des connaissances, l'innovation et la confiance. Pour nous, la souveraineté alimentaire et la santé sont deux piliers essentiels du développement durable, et nous sommes convaincus que le Maroc et Madagascar peuvent construire ensemble des solutions innovantes au service de leurs populations.




