Les ressources mobilisées au profit des technologies climatiques connaissent une progression soutenue en Afrique. D'après le rapport The State of ClimateTech in Africa 2.0: Moving Beyond the Headline Numbers, les entreprises spécialisées dans ce secteur ont capté près de 6,35 milliards de dollars entre 2016 et 2025. Toutefois, certains pays dont Madagascar n'arrivent pas encore à suivre le rythme.
Cette dynamique continentale montre l'intérêt croissant des investisseurs pour des solutions destinées à répondre aux défis du changement climatique tout en soutenant le développement économique. Les technologies climatiques, ou « ClimateTech », regroupent les innovations visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre ou à renforcer les capacités d'adaptation face aux conséquences du réchauffement climatique. Elles concernent des domaines variés tels que les énergies renouvelables, les transports propres, l'agriculture intelligente, la gestion de l'eau, le recyclage des déchets ou encore les marchés du carbone.
À Madagascar, le secteur demeure encore peu représenté dans les flux d'investissements observés à l'échelle régionale. Le pays dispose pourtant de plusieurs atouts susceptibles de favoriser le développement de ces technologies. Son potentiel en matière d'énergies renouvelables, la place stratégique de l'agriculture dans son économie ainsi que la richesse de sa biodiversité constituent des domaines offrant des perspectives de croissance. Le faible taux d'accès à l'électricité illustre notamment l'ampleur des besoins. Cette situation ouvre des opportunités pour les entreprises proposant des solutions d'électrification adaptées aux zones rurales, notamment à travers les kits solaires individuels, les mini-réseaux électriques ou les systèmes de paiement mobile facilitant l'accès à l'énergie.
L'agriculture représente également un secteur prioritaire. Les épisodes de sécheresse, les cyclones et les modifications des cycles saisonniers affectent régulièrement les productions agricoles. Dans ce contexte, plusieurs innovations pourraient contribuer à renforcer la résilience du secteur, parmi lesquelles les applications numériques d'information météorologique, les systèmes d'irrigation économes en eau et les plateformes permettant une meilleure mise en relation entre producteurs et marchés. La gestion des déchets constitue un autre domaine de développement. Plusieurs initiatives locales s'intéressent déjà au recyclage des plastiques, au compostage des déchets organiques ainsi qu'à la production de combustibles à partir de résidus agricoles. Ces projets s'inscrivent dans une logique d'économie circulaire, tout en répondant à des enjeux environnementaux croissants.
La biodiversité exceptionnelle de Madagascar représente également un levier potentiel pour attirer des financements. Les programmes de restauration des forêts, de préservation des mangroves et de séquestration du carbone pourraient bénéficier du développement des marchés volontaires du carbone, dont l'importance progresse au niveau international. Malgré ces perspectives, plusieurs facteurs continuent de freiner le développement des jeunes entreprises malgaches spécialisées dans les technologies climatiques. Les investisseurs soulignent notamment la taille relativement réduite du marché intérieur, les difficultés d'accès au financement, le développement encore limité du capital-risque, les insuffisances des infrastructures ainsi qu'une perception du risque pays jugée élevée.
Dans ce contexte, peu de start-up malgaches parviennent à mobiliser des financements significatifs auprès des fonds internationaux spécialisés dans les ClimateTech. Le développement de cet écosystème dépendra notamment du renforcement de l'environnement entrepreneurial, de l'amélioration de l'accès aux financements et de la mise en place de conditions favorables à l'innovation. "Si la dynamique continentale se poursuit, Madagascar pourrait disposer d'opportunités pour mieux intégrer cette nouvelle économie verte, à condition de lever les principaux obstacles qui freinent encore les investissements", a commenté Andry Rakotomalala, membre du comité de direction de la plateforme sous-régionale de promotion de l'économie verte CDEV.


