Type Here to Get Search Results !

Translate

JEAN-MARC LAURENT | Pionnier de la FM et grand passionné de Madagascar

Des studios de la grande époque des radios libres aux plateaux de télévision, des pages touristiques et people au coaching de dirigeants, Jean-Marc Laurent a traversé plus de quarante ans de médias sans jamais vraiment quitter le micro et la plume. Et, au milieu de cette vie bien remplie, il y a Madagascar.




Des studios de la grande époque des radios libres aux plateaux de télévision, des pages touristiques et people au coaching de dirigeants, Jean-Marc Laurent a traversé plus de quarante ans de médias sans jamais vraiment quitter le micro et la plume. Et, au milieu de cette vie bien remplie, il y a Madagascar. Une histoire ancienne, intime, professionnelle aussi, qui n’a jamais cessé de s’écrire.

Il y a ceux qui ont connu la radio avant Internet. Avant les podcasts, avant les réseaux sociaux, avant les smartphones et les studios numériques où quelques clics suffisent aujourd’hui à fabriquer une émission. Et puis il y a ceux qui l’ont faite. Né à Pau en janvier 1965, il entre tôt dans le monde des médias et découvre, dans les années 1980, une radio qui n’a encore rien de la mécanique bien huilée qu’elle deviendra. La FM est alors en pleine révolution. Les radios libres bousculent les habitudes, les animateurs deviennent des personnalités et, derrière les micros, une nouvelle génération apprend sur le tas à parler aux auditeurs.

À Paris, il rejoint NRJ aux premières années de la station, aux côtés de ceux que l’on appellera plus tard les pionniers de la FM. Une époque électrique, inventive, où l’on improvise beaucoup et où la personnalité compte presque autant que la technique. Pour celui qui découvre alors les ficelles du métier, l’école est idéale : apprendre à trouver sa voix, à tenir une antenne, à sentir un public que l’on ne voit jamais et, surtout, à ne jamais laisser le silence gagner. La suite ne tarde pas. Au milieu des années 1980, le petit écran s’ouvre lui aussi à de nouveaux visages. M6 prépare son lancement et cherche à construire une identité. Jean Drucker, alors aux commandes de la future chaîne, fait appel à Jean-Marc Laurent. Le jeune animateur se retrouve ainsi aux premières heures de M6. Il présente notamment « 20 20 20 » et « Six-Appel », deux jeux qui appartiennent aujourd’hui aux souvenirs d’une télévision disparue. Une télévision où les chaînes se comptaient encore sur les doigts d’une main et où une nouvelle venue pouvait réellement donner le sentiment de participer à quelque chose.



Jean-Marc Laurent avec l'artiste Christophe Maé


Une séquence de cette période a récemment refait surface sur les réseaux sociaux. Il suffit de quelques images pour retrouver le décor, le ton, le rythme d’une époque où la télévision populaire n’avait pas encore pris les habitudes d’aujourd’hui. Jean-Marc Laurent poursuit son chemin. Gilbert Richard lui ouvre les portes de TF1. Il anime « Tapis-Vert » et « Loto », ces rendez-vous courts qui ponctuent les programmes de la chaîne à la charnière des années 1980 et 1990. Mais il ne se contente pas d’être animateur. Le journalisme l’attire également. Il intervient dans « Thé ou Café », « Matin-Bonheur », puis sur différentes antennes, de La 5ème à Paris Première, sans oublier La Chaîne Météo. Chroniqueur, journaliste, présentateur : les étiquettes importent finalement assez peu. Ce qui compte, c’est la capacité à passer d’un exercice à l’autre. Une caractéristique qui ne le quittera plus.


Madagascar dans un coin de cœur


Et puis il y a l'île rouge de l'océan Indien. Pas une destination découverte sur le tard, au détour d'un voyage organisé. Pas un décor exotique ajouté à une biographie déjà bien remplie. Jean-Marc Laurent connaît la Grande Île depuis l’âge de cinq ans. C’est probablement là que se trouve la clé de son attachement. Madagascar appartient à ses souvenirs d’enfance. Et certaines images, manifestement, ne s’effacent pas. Mahajanga est de celles-là. La ville, qu’il affectionne particulièrement, est associée à une certaine douceur de vivre, à la chaleur, à l’école Charles Renel, et aux souvenirs accumulés au fil des années. Lorsqu’on lui demande ses destinations malgaches préférées, il cite aussi Sainte-Marie. Autre ambiance, autre paysage. La petite île, posée dans l’océan Indien, représente pour lui le visage carte postale de Madagascar : les plages, la végétation, le sentiment d’être ailleurs, loin de la violence des villes, et surtout le lieu fétiche : le Lakana . 



a ville, qu’il affectionne particulièrement, est associée à une certaine douceur de vivre, à la chaleur, à l’école Charles Renel, et aux souvenirs accumulés au fil des années. Lorsqu’on lui demande ses destinations malgaches préférées, il cite aussi Sainte-Marie. Autre ambiance, autre paysage.
La maison d'enfance de Jean-Marc Laurent à Mahajanga .


Mais Madagascar n’est pas seulement le pays des souvenirs et des coups de coeur touristiques. C’est aussi celui où Jean-Marc Laurent a voulu travailler. Entre 1994 et 1996, il rejoint la radio RLI et tente de faire vivre sur place certaines idées venues de son expérience française. Avec MaTV, il participe notamment à la mise en place du premier Téléthon de Madagascar. Il lance également « Fan de Star », une émission-test consacrée aux vedettes. Son histoire avec le pays se poursuit dans la presse. Pendant plusieurs années, il collabore à « Madagascar Magazine » et prend en charge les pages people. Les célébrités françaises et internationales de passage sur l’île deviennent ses interlocuteurs. Il les rencontre, les questionne, raconte leurs séjours. Derrière le personnage public, il cherche aussi l’homme ou la femme qui se cache.

Madagascar devient ainsi un décor privilégié pour les rencontres, mais également un sujet en soi. À travers ces personnalités venues se ressourcer dans l’océan Indien, c’est une autre image de l’île qui se dessine : celle d’un pays capable d’attirer des artistes, des vedettes et des voyageurs en quête d’autre chose. Jean-Marc Laurent y revient régulièrement. Encore en décembre dernier, il a retrouvé la Grande Île. Une fidélité qui tient aussi à sa vie personnelle : son épouse, Anita, est elle-même originaire de Antananarivo. La boucle est donc largement familiale.



Jean-Marc Laurent en famille sur l'île de Sainte-Marie



« Parler, c’est humain »


Après des décennies dans les médias, beaucoup auraient songé à tourner la page. Lui a simplement changé de chapitre. À 50 ans, Jean-Marc Laurent met son expérience au service d’un autre métier : le coaching en communication. Ce qu’il a appris pendant des décennies derrière un micro ou face à une caméra, il commence désormais à l’enseigner. La voix, d’abord. Mais aussi la respiration, le rythme, la présence, la confiance, le regard des autres. Toutes ces petites choses qui font qu’un discours peut convaincre… ou tomber complètement à plat. Il accompagne des particuliers, mais également des professionnels qui doivent prendre la parole, animer une réunion, présenter un projet ou défendre une idée. Il connaît les pièges. Les ayant expérimentés lui-même.


À l’époque des grandes radios FM, il fallait savoir improviser. À la télévision, il fallait tenir une caméra. Aujourd’hui, il faut parfois convaincre dix personnes dans une salle de réunion ou quelques centaines devant un écran. Les outils changent. La voix, elle, reste. Cette expérience a fini par donner naissance à un livre : « Parler c’est humain : Redécouvrir sa voix à l’ère des écrans et de l’IA ». Le titre résume assez bien son credo. Pour Jean-Marc Laurent, la prise de parole ne devrait pas être une affaire de récitation. Il défend au contraire une parole naturelle, claire, personnelle. Son ouvrage s’adresse aussi bien aux managers qu’aux étudiants, aux commerciaux ou aux élus. Le propos est simple : à force d’écrans, de messages instantanés, de visioconférences et désormais d’intelligence artificielle, l’être humain risque parfois d’oublier ce que sa voix peut encore transmettre. Un paradoxe que le pionnier de la FM observe avec un certain amusement. Lui qui a commencé à parler dans un micro à une époque où personne ne connaissait le mot « influenceur » se retrouve aujourd’hui à expliquer comment retrouver une parole authentique dans un monde saturé de contenus.


Le combat du « papa Dépakine »


Depuis quelques années, un autre combat a changé la nature de son exposition médiatique. Jean-Marc Laurent a pris publiquement position sur les risques liés au valproate de sodium, commercialisé notamment sous le nom de Dépakine. Il mise beaucoup sur l’APESAC ( https://apesac.org/), l’Association d'Aide aux Parents d'Enfants souffrant du Syndrome de l'Anti-Convulsivant, fondée et présidée par la lanceuse d'alerte Marine Martin. L’association joue un rôle de premier plan dans l’information et l’accompagnement des familles touchées par ce dossier sanitaire. Son travail, largement accessible sur Internet, constitue également une source d’information précieuse pour les familles, dont celles  des autres pays dont Madagascar.



Jean-Marc Laurent a pris publiquement position sur les risques liés au valproate de sodium, commercialisé notamment sous le nom de Dépakine. Il mise beaucoup sur l’APESAC ( https://apesac.org/), l’Association d'Aide aux Parents d'Enfants souffrant du Syndrome de l'Anti-Convulsivant, fondée et présidée par Marine Martin.
Aux côtés de la lanceuse d'alerte et présidente de l'Apésac  Marine Martin, lors d'une audition 
à l'Assemblée Nationale au sujet de la Dépakine (2023)


Jean-Marc Laurent est ainsi devenu l’un des visages de ce combat. Père d’une adolescente, il témoigne des conséquences qu’il associe à son propre traitement par Dépakine avant la conception de sa fille. En février 2026, il a saisi la justice française. Une démarche qui lui a valu d’être présenté comme le premier « papa Dépakine » à engager une procédure judiciaire. En mars, Le Monde lui consacrait un article dans lequel il expliquait vouloir faire changer la culpabilité de camp. Son témoignage a également été relayé au-delà de la France, jusqu’au Québec. Pour Jean-Marc Laurent, il ne s’agit plus seulement de raconter son histoire personnelle. Il s’agit aussi de faire connaître une problématique qui concerne de nombreuses familles.

Il y a quelque chose d’assez logique, finalement, dans le parcours de Jean-Marc Laurent. La radio lui a appris à écouter. La télévision lui a appris à regarder. Le journalisme lui a appris à questionner. Le coaching lui a appris à transmettre. Et Madagascar lui a peut-être appris à prendre le temps. Car derrière le professionnel des médias, derrière le coach et désormais derrière le « papa Dépakine » qui témoigne publiquement, il reste un homme dont l’histoire avec la Grande Île remonte à l’enfance. Mahajanga et ses souvenirs. Sainte-Marie et ses airs de paradis, les vielles bâtisses de la capitale...  Les expériences à travailler dans les radios et les télévisions malgaches. Les multiples rencontres, les projets parfois réussis, parfois arrêtés faute de moyens... Autant de fils qui finissent par former une seule histoire. Et lorsqu’il en parle, quelque chose change dans le ton. Ce n’est plus tout à fait le professionnel qui raconte son parcours. C’est l’enfant de cinq ans qui semble refaire surface. Madagascar n’a donc jamais été une parenthèse. Elle est quelque part dans la bande-son de sa vie.


Précision : Photographies privées prêtées avec l'aimable autorisation de Jean-Marc Laurent.


5 QUESTIONS A JEAN-MARC LAURENT


Vous avez connu la radio à une époque où celle-ci était encore une aventure et où l’on apprenait beaucoup « sur le tas ». Qu’est-ce que cette génération de pionniers avait que les animateurs d’aujourd’hui ont peut-être perdu ?

En effet, j’ai connu les débuts de la radio FM. Seul le hertzien, avec RTL, Europe 1, France Inter et Sud Radio, se partageait les ondes. Alors, la radio FM, autorisée par le nouveau président de la République, François Mitterrand, qui, avec des visées électoralistes, avait su amadouer les jeunes avec l’arrivée des radios libres s’il était élu.

Je ferai une parenthèse ici pour rappeler que la droite politique française était plus réticente à cette liberté, malgré des élus proches de l’ancien président Giscard d’Estaing qui auraient aimé faire passer cette idée à droite.

Donc, la radio FM, une fois autorisée, est venue révolutionner les habitudes d’une jeunesse en quête d’expressions artistiques variées, ainsi que d’un accès à un métier de la communication audio qui faisait encore rêver à l’époque.

NRJ, dès le départ, s’est imposée à Paris et en Île-de-France par son ton amical et familial, sans être vulgaire, et avec un habillage sonore inédit. Un émetteur meilleur que ceux de la concurrence.

Nous, les animateurs, on avait entre 17 et 40 ans. Je sortais à peine de mon baccalauréat. Cette radio était vraiment magique. Rendez-vous compte qu’avec notre voix seulement, les auditeurs nous reconnaissaient !!! Ça paraît fou. Mais toutes les boutiques, les taxis, les boulangers connaissaient nos prénoms. Si quelqu’un de notre entourage disait qu’on était de NRJ, les gens nous prenaient pour des petites stars ! Cela me fait bien rire aujourd’hui.

N’empêche que, très vite, notre radio est devenue influente sur les autres médias des « anciens ». Et nombre d’artistes ont démarré grâce à notre programmation : Madonna, Céline Dion, Jean-Luc Lahaye, J.J. Goldman, Patrick Bruel, Jeanne Mas, etc.

Ces artistes ont « fait du mal » aux stars qui nous remplissaient les oreilles depuis l’enfance, comme Dalida, Mireille Mathieu, Sardou et compagnie.

Les animateurs d’aujourd’hui sont complètement formatés. Ils n’ont pas de vraies places pour s’exprimer, ce sont des VRP qui poussent la musique et ont un vocabulaire si pauvre. En plus, la radio FM n’a plus le succès d’avant. Maintenant, ce sont les playlists sur les plateformes qui fonctionnent.


Photo 1 : Retour à son école Charles Renel à Mahajanga (années 90) 
Photo 2 : Coulisses des Victoires de la musique. (1990)



Vous avez connu Madagascar dès votre jeune enfance, puis vous y êtes revenu professionnellement dans les années 1990. Qu’est-ce qui, après toutes ces années et malgré les changements du pays, vous rattache encore aussi fortement à la Grande Île ?

Je crois que le jour où j’ai découvert Mahajanga, à l’âge de cinq ans, j’ai eu à la fois un choc culturel et un électrochoc environnemental.

En grandissant, je suis retourné des tas de fois parcourir l’île, les grands axes, et j’admire la résilience des habitants.

J’ai des attaches ancrées aujourd’hui, grâce à mon épouse aussi, et j’ai voulu que mes enfants prennent le temps de découvrir ce pays pour comprendre que le monde, ce n’est pas la France.

Nos histoires sont liées, comme chacun le sait, et les erreurs du passé n’ont pas à pénaliser les générations actuelles.

Gen Z de France, Gen Z de Mada, ou d’ailleurs, cette génération Z peut faire avancer son pays à son rythme, mais surtout sans reproduire les jugements hâtifs de leurs ancêtres respectifs.

Je répète : on n’est pas responsables de ce qui a été fait auparavant. Cela ne veut pas dire qu’on zappe.

Je dis toujours, pour prendre l’exemple de la France : heureusement que notre regard, à nous, génération « X », a changé sur les Allemands… car sinon, on les appellerait encore « les Boches » ou « les Fritz » ! C’est monstrueusement ridicule.


De la radio au coaching, vous êtes finalement toujours resté dans le domaine de la voix et de la transmission. Qu’avez-vous appris sur la parole humaine que ni la télévision, ni Internet, ni aujourd’hui l’intelligence artificielle ne pourront jamais remplacer ?

J’ai appris que l’humain ne peut pas s’éteindre comme ça malgré les progrès technologiques.

La voix dans le creux de l’oreille de son bébé, ou dans celui de sa moitié, la création du lien social et des affinités sincères, ne peuvent se faire qu’avec la voix humaine.

La fragilité, les émotions, cela passe avec une véritable voix. Pas une voix IA qui est aussi froide — malgré certains ajustements — qu’une statue de cire sur laquelle on brancherait un magnétophone pour restituer une phrase.

La voix a déjà eu du mal à se construire à travers les millénaires pour se faire comprendre ou entendre et partager nos envies…

Du singe à l’homme préhistorique, jusqu’aux bipèdes que nous sommes toujours, la voix a permis de rassembler, prévenir, aimer, transmettre.


Votre combat de « papa Dépakine » vous a conduit des studios de télévision jusqu’aux tribunaux. Comment vit-on le passage du rôle de journaliste et de communicant à celui de témoin directement engagé dans une cause qui touche sa propre famille ?

Cette cause touche ma famille et tant d’autres.

J’ai plus de facilités pour m’exprimer et répondre aux journalistes, peut-être, mais je suis témoin et donc ne connais pas les questions.

Je dois porter le plus efficacement possible et de manière impactante le message de mon combat.

Je suis conscient de l’importance de passer à l’action judiciaire face à Big Pharma. J’essaye de vivre au mieux la douleur psychologique que cela peut entraîner, car il faut sans cesse rappeler les faits, revivre les moments compliqués et garder espoir aussi.

Mais ce qui compte pour moi, quand j’en parle, c’est de réveiller les consciences, de faire bouger les pères qui n’osent pas parler de leur prise de ce médicament, par pudeur ou simple machisme incroyable.

Les hommes ont, dans l’histoire, très souvent « fait porter le chapeau » aux femmes, comme le dit l’expression, sur les problèmes de descendance !

Mais ils se trompent : ce n’est pas parce qu’ils ne portent pas l’enfant qu’ils ne peuvent pas transmettre quelque chose.

Réfléchissez…

Si vous deviez aujourd’hui transmettre une seule image de Madagascar à quelqu’un qui ne connaît pas encore le pays, serait-ce Mahajanga, Sainte-Marie, les vieilles rues de la capitale… ou un souvenir ou un message beaucoup plus personnel ?

Une seule image ? Oups, c’est difficile. Alors, je dirais que c’est le pays où le « Fihavanana » reste sacré. Cette force qui unit les familles pour s’entraider, ce principe de vie, la recherche de conciliation. Dans nos pays européens, nous sommes très éloignés de tout ça. Ça se perd.