Les autorités affirment être conscientes des défis auxquels Madagascar fait face pour se renforcer sur le front stratégique de la cybersécurité. D'où l'annonce de l'engagement d'une nouvelle étape dans la modernisation de son environnement numérique. Les mesures vont de l'adaptation des instruments juridiques au renforcement de la compétitivité du secteur du numérique.
La révision de la loi sur la lutte contre la cybercriminalité, la refonte du cadre juridique applicable aux communications électroniques et aux infrastructures numériques, la signature de la Convention des Nations unies sur la cybercriminalité, dite « Convention de Hanoï », ainsi que l’adhésion à l’Organisation mondiale de coopération sur l’intelligence artificielle (OMCIA/WAICO) constituent les principaux axes de cette évolution attendue. Ces mesures, approuvées ou engagées par le gouvernement traduisent la volonté des autorités de renforcer à la fois la sécurité numérique et la compétitivité du secteur.
Selon toujours les explications fournies, la révision de la législation sur la cybercriminalité vise en premier lieu à adapter les instruments juridiques à l’évolution des infractions numériques. Pour les pouvoirs publics, l’enjeu dépasse la seule répression : il s’agit également de renforcer la protection des particuliers, des entreprises et des administrations, tout en consolidant la confiance nécessaire au développement des services numériques. Cette confiance constitue un facteur économique important dans un contexte où les transactions, les services publics et les activités commerciales dépendent de plus en plus des infrastructures numériques.
Le second chantier concerne le cadre juridique des communications électroniques, dont la législation actuelle remonte à 2005. En deux décennies, les technologies, les modèles économiques et les usages ont profondément changé. Le projet de réforme entend notamment revoir les règles applicables aux opérateurs et aux infrastructures afin de favoriser davantage la concurrence. Le gouvernement met également en avant plusieurs objectifs : réduire les coûts pour les utilisateurs, renforcer la souveraineté numérique, accroître les recettes publiques et adapter le régime des sanctions. La mise en œuvre effective de ces ambitions dépendra toutefois de la précision des nouvelles règles et de leur application par les autorités compétentes.
Cette réforme intervient dans un environnement régional marqué par une progression des cybermenaces. Selon Interpol, les escroqueries en ligne, le phishing, les rançongiciels, les compromissions de messageries professionnelles et le vol d’identité figurent parmi les principales menaces observées en Afrique. L’intelligence artificielle contribue par ailleurs à faire évoluer les techniques de fraude, en facilitant notamment l’automatisation des attaques et la production de contenus synthétiques. Les capacités de réponse demeurent néanmoins inégales sur le continent. Interpol relève que 75 % des pays participant à son évaluation considèrent leurs cadres juridiques ou leurs capacités judiciaires perfectibles, tandis que 95 % signalent des difficultés en matière de formation, de ressources ou d’accès aux outils spécialisés. Ces lacunes donnent à la modernisation institutionnelle une dimension autant économique que sécuritaire.
La signature de la Convention des Nations unies sur la cybercriminalité s’inscrit dans cette logique. Elle doit faciliter la coopération internationale dans les enquêtes portant sur les infractions transfrontalières, l’échange d’informations et le traitement des preuves électroniques. Pour Madagascar, l’enjeu sera notamment de transformer cette adhésion en capacités opérationnelles concrètes. Enfin, l’intégration à l’OMCIA/WAICO, après la participation de Madagascar à la création de cette organisation à Shanghai en juillet, ouvre un autre chantier : celui de la gouvernance de l’intelligence artificielle. Elle offre au pays un cadre supplémentaire pour participer aux discussions internationales sur les règles, les usages et les enjeux de cette technologie.


