La State Procurement of Madagascar (SPM) a lancé sa première opération dans le secteur pétrolier avec l’importation de 64 000 tonnes métriques de gasoil destinées à la Jirama. En provenance du Nigeria, la cargaison est attendue cette semaine au port de Toamasina, sauf modification du calendrier maritime. Selon les explications fournies, cette opération s’inscrit dans le cadre d’un accord de gouvernement à gouvernement conclu entre Madagascar et le Nigeria.
L’accord trouve son origine dans les discussions engagées entre le chef de l'Etat, Michaël Randrianirina, et son homologue nigérian, Bola Ahmed Tinubu, lors de la visite officielle du premier à Abuja au début du mois de juin. À son retour, le locataire d’Iavoloha avait annoncé la conclusion prochaine d’un accord portant notamment sur l’approvisionnement de Madagascar en carburants. Dans une note explicative, la SPM confirme désormais que l’accord de gouvernement à gouvernement entre la Grande Ile et l’État nigérian est maintenant formel. Le dispositif vise notamment à renforcer la sécurité de l’approvisionnement du marché dans un contexte marqué par les fluctuations des cours du pétrole et les perturbations susceptibles d’affecter les chaînes logistiques internationales.
Pour la Jirama, l’enjeu est d’abord énergétique. L’entreprise publique, dont les centrales thermiques dépendent largement des produits pétroliers, doit pouvoir disposer de volumes suffisants de carburant afin d’assurer la continuité de sa production d’électricité. L’intervention de la SPM doit également permettre, selon les autorités, de constituer un stock stratégique destiné à réduire la vulnérabilité du pays face aux tensions sur le marché international. Créée à la suite d’une décision du Conseil des ministres en novembre 2019, la SPM avait initialement été conçue comme un instrument public de régulation des marchés de produits essentiels. Elle s’est notamment illustrée dans le domaine du riz, avec pour objectif d’intervenir sur l’approvisionnement et les prix.
Champ d’action élargi
L’entrée dans le secteur pétrolier élargit désormais sensiblement son champ d’action. La possibilité pour la société d’importer des carburants figurait déjà parmi les missions envisagées lors de sa création. La récente législation relative à l’aval pétrolier, ainsi que la réquisition de la Jirama, viennent formaliser cette nouvelle orientation. Le décret adopté vendredi en Conseil des ministres prévoit ainsi que la Jirama soit « réquisitionnée pour conclure un contrat de fourniture et d’achat de gasoil destiné à l’alimentation de ses centrales de production d’électricité » auprès de la SPM. L’objectif affiché est de réduire les coûts de production de la compagnie d’électricité grâce à un approvisionnement à un prix présenté comme compétitif.
La SPM affirme que le tarif proposé à la Jirama serait inférieur à celui accessible dans les conditions habituelles du marché, y compris après prise en compte des taxes. L’entreprise publique entend également optimiser les opérations de livraison, avec l’objectif affiché de contribuer à une meilleure maîtrise des volumes consommés et de limiter les risques de détournement ou de vol de carburant. Pour Guilot Ramilison, directeur général de la SPM, cette opération marque une évolution du rôle de l’établissement public. « Elle entend jouer pleinement son rôle de stabilisateur des marchés », explique-t-il, en précisant que son intervention ne devrait plus se limiter à la régulation du prix du riz.
La SPM qui affirme en outre qu'à terme, elle ambitionne de participer à la sécurisation de l’approvisionnement énergétique du pays à des conditions jugées compétitives. Selon son directeur général, une baisse, même limitée, du prix d’achat du gasoil peut avoir un impact significatif sur les charges de production de la Jirama, compte tenu des volumes consommés par ses centrales. La SPM attribue notamment cet avantage à la possibilité de négocier directement avec des fournisseurs internationaux. L’accord conclu avec le Nigeria constitue, dans cette perspective, un levier supplémentaire pour obtenir des conditions commerciales qui seraient difficiles à atteindre dans le cadre d’achats effectués séparément par les opérateurs nationaux.
Accord avec Galana Raffinerie Terminal
Cette stratégie intervient alors que la situation financière de la Jirama demeure étroitement liée au coût de ses approvisionnements en combustibles. La réduction de la facture énergétique constitue donc un enjeu important pour l’entreprise publique, même si l’impact réel de l’opération ne pourra être évalué qu’après la réception et la distribution effective de la cargaison.
L’opération repose également sur un dispositif logistique spécifique. Selon la SPM, un contrat a été conclu avec Galana Raffinerie Terminal (GRT) pour assurer le stockage de la cargaison. La nouvelle législation sur l’aval pétrolier prévoit par ailleurs pour la SPM un accès libre et non discriminatoire aux infrastructures considérées comme essentielles. GRT doit également procéder aux analyses qualitatives du carburant réceptionné. La SPM précise toutefois qu’elle assumera les coûts liés à la réception, au stockage et au passage des produits auprès de l’opérateur, dans les mêmes conditions que les autres importateurs de carburants.
Cette première cargaison constitue ainsi un test grandeur nature pour le nouveau dispositif. Outre l’opération destinée à la Jirama, elle doit permettre de mesurer la capacité de la SPM à intervenir directement sur le marché pétrolier, depuis la négociation avec les fournisseurs jusqu’à l’acheminement et au stockage des produits. L’expérience pourrait, à terme, déterminer l’ampleur du rôle que l’État entend confier à la SPM dans la sécurisation des approvisionnements stratégiques. Pour l’heure, l’arrivée des 64 000 tonnes de gasoil marque surtout une première étape : celle de l’entrée effective de la société publique dans un secteur dont les enjeux dépassent largement la seule question des prix, puisqu’ils touchent directement à la continuité de l’approvisionnement énergétique et au fonctionnement de l’économie nationale.




