Après avoir enregistré une appréciation proche de 10 % au cours du premier trimestre 2026, l’ariary évolue de nouveau sous pression sur le marché des changes. Les dernières références du Marché interbancaire de devises (MID) situent l’euro à 4 935,33 ariary et le dollar américain à 4 323,41 ariary.
Sur le marché bancaire, les niveaux de change sont plus élevés : au 17 septembre, la BRED Madagascar proposait notamment l’euro à la vente à plus de 5 210 ariary. Ce mouvement marque une inflexion par rapport au début de l’année. Depuis son niveau le plus élevé atteint le 13 mars, l’ariary a perdu plus de 170 ariary face à l’euro comme au dollar, selon les références considérées. La dépréciation reste toutefois à mettre en perspective avec les niveaux observés à la fin de 2025, lorsque l’euro avait franchi le seuil de 5 228 ariary. La monnaie malgache demeure donc, à ce stade, au-dessus de ces niveaux de tension.
L’évolution récente du marché reflète en partie le caractère cyclique des entrées et sorties de devises à Madagascar. Le début de l’année bénéficie traditionnellement de rentrées liées à certaines campagnes d’exportation, améliorant temporairement la disponibilité de monnaies étrangères sur le marché. Lorsque ces flux diminuent, tandis que les besoins d’importation restent élevés, l’équilibre entre l’offre et la demande se modifie. Les entreprises importatrices doivent en effet mobiliser des devises pour régler leurs achats de carburants, d’équipements, de matières premières ou encore de produits alimentaires. Si les recettes d’exportation et les autres entrées de devises ne progressent pas au même rythme, la demande de monnaies étrangères exerce mécaniquement une pression sur l’ariary.
Cette dynamique ne constitue toutefois qu’un élément de l’équation. L’évolution des réserves de change, des paiements extérieurs, des transferts, des conditions financières internationales et des anticipations des opérateurs intervient également dans la formation du taux de change. Une dépréciation prolongée de l’ariary constitue surtout un enjeu pour une économie dont une partie importante de l’activité repose sur des biens et intrants importés. Pour les entreprises, une hausse du coût des devises peut renchérir les approvisionnements et augmenter les coûts de production. L’impact dépend néanmoins de la structure de chaque secteur, de la part des intrants importés et de la capacité des entreprises à absorber ou répercuter ces coûts.
Les conséquences ne sont pas nécessairement immédiates ni uniformes. Une entreprise peut, par exemple, disposer de stocks constitués avant la variation du taux de change ou bénéficier de recettes en devises qui compensent partiellement le renchérissement de ses achats extérieurs. Le principal point de vigilance concerne la transmission du change aux prix intérieurs. Si l’ariary devait continuer à se déprécier, le renchérissement des importations pourrait progressivement alimenter les coûts des entreprises et, à terme, certains prix à la consommation. L’ampleur de cet effet dépendra toutefois de la durée et de l’intensité du mouvement, mais aussi de l’évolution des prix internationaux.
Les observateurs avertis rappellent pour leur part que pour Madagascar, l’enjeu dépasse la seule cotation quotidienne du MID. "La trajectoire de l’ariary constitue un indicateur de l’équilibre extérieur et de la capacité de l’économie à générer suffisamment de devises pour couvrir ses besoins. Après le redressement observé en début d’année, le marché des changes entre désormais dans une phase qui appelle une surveillance accrue des flux commerciaux, des réserves et des pressions inflationnistes", a-t-on expliqué.


