La jeunesse constitue un atout pour le développement de Madagascar, mais sa seule importance numérique ne suffit pas à garantir une croissance économique durable. Pour transformer ce potentiel en richesse, le pays doit renforcer l’éducation, améliorer l’accès aux soins et créer des emplois productifs. C’est le principal enseignement du Rapport sur le profil du dividende démographique de Madagascar, présenté le 23 octobre au Carlton Anosy.
Lors de cette cérémonie, le ministre de l’Économie et des Finances, Dr Herinjatovo Aimé Ramiarison, a souligné le rôle déterminant du capital humain dans les perspectives économiques nationales. « Sans un capital humain sain, bien formé et productif, aucune relance économique ne saurait être durable », a-t-il déclaré. Cette orientation intervient alors que le Plan de relance économique, en cours de finalisation, prévoit une croissance de 5,1 % en 2027, puis de 7,3 % en 2028. L’atteinte de ces objectifs suppose toutefois des transformations structurelles qui dépassent les seules prévisions macroéconomiques. Le ministre a ainsi appelé les départements concernés à intégrer les recommandations du rapport dans leurs programmes, leurs budgets et leurs interventions.
L’objectif annoncé est de faire des conclusions de l’étude un instrument d’orientation des politiques publiques, plutôt qu’un simple exercice de diagnostic. Élaboré avec l’accompagnement du Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) et l’appui technique du Centre de recherche en économie et gestion (CREGG), le rapport analyse les relations entre les revenus du travail et la consommation selon les âges de la vie. Il met en évidence une période relativement limitée durant laquelle les revenus du travail dépassent, en moyenne, les besoins de consommation : entre 34 et 55 ans. En 2021, l’écart global entre les revenus du travail et la consommation représentait 46 % du produit intérieur brut (PIB).
Ces données soulignent les contraintes auxquelles l’économie malgache doit faire face. Une population jeune peut favoriser l’expansion de la main-d’œuvre et élargir les perspectives de production. Mais sans formation adaptée, possibilités d’emploi suffisantes et gains de productivité, cet avantage démographique risque de ne pas se traduire par une amélioration significative des revenus. Les indicateurs présentés lors du lancement illustrent l’ampleur des efforts à fournir. Le taux net de scolarisation s’établit à 28 % dans le secondaire inférieur, contre 71 % dans le primaire. Cette différence met en évidence les difficultés de maintien des élèves dans le système éducatif et pose la question de leur accès à une formation susceptible de faciliter leur insertion professionnelle.
L’enjeu consiste à mieux articuler les parcours scolaires avec les besoins de l’économie, tout en développant les perspectives d’emploi et d’entrepreneuriat. La création d’activités rémunératrices, notamment dans les zones rurales, apparaît également essentielle pour élargir les possibilités offertes aux jeunes. Le Haut conseiller, le colonel Thierry Rampanarivo, a replacé ces priorités dans le contexte de la Refondation. Il a insisté sur la nécessité de traduire le redressement national en améliorations concrètes pour les familles : accès à l’éducation, aux soins et à l’emploi. Il a également plaidé pour une meilleure adéquation entre formation et besoins économiques, un accompagnement des initiatives entrepreneuriales, l’égalité des chances entre les femmes et les hommes ainsi qu’une gestion transparente des ressources publiques.
La présentation du rapport a été aussi mis à profit pour souligner que le défi sera de mobiliser durablement les financements et de coordonner les interventions publiques. Nombre d'observateurs avertis n'ont d'ailleurs cessé, ces dernières années, de noter que pour Madagascar, le dividende démographique ne deviendra une réalité économique que si les investissements dans la population se traduisent par davantage de compétences, une productivité accrue et des emplois décents. C’est à cette condition que la jeunesse pourra contribuer pleinement à la croissance et à l’amélioration des conditions de vie.


