La Banque mondiale, tout comme les autres partenaires de Madagascar, soutient que Madagascar devra étendre ses programmes de filets sociaux pour en accroître la couverture et être mieux préparé à de futurs chocs. Le but annoncé est de renforcer la résilience du pays et de se préserver des instabilités sociales que pourraient provoquer les conséquences de la crise pandémique.

Pour rappel, un programme de transferts monétaires non conditionnels baptisé Tosika Fameno a été mis en œuvre en coordination avec les donateurs, ciblant près de 435 000 ménages vulnérables répartis dans les arrondissements concernés par les mesures de confinement. Un programme de relance a par ailleurs été mis en place pour soutenir le revenu de 200 000 pauvres vivant en milieu urbain et périurbain (soit 58% des bénéficiaires du programme Tosika Fameno) et des populations affectées par la sécheresse dans le sud de Madagascar.

Dans l’éventualité d’une résurgence de la pandémie, le Partenaires Techniques et Financiers souhaitent que ce programme fasse l’objet d’une expansion rapide consistant à renforcer les aides aux ménages préalablement ciblés (expansion verticale) et à inclure de nouveaux bénéficiaires et zones géographiques (expansion horizontale).

Pour s’assurer que la durée de vie des programmes nationaux dépasse celle des projets financés par les partenaires techniques et financiers, les bailleurs invite l’État à allouer à ces programmes un budget suffisant, transparent et prévisible et s’associer au secteur privé et aux donateurs pour identifier des sources de financement innovantes.

La mise en place d’un registre social plus vaste, couvrant les milieux rural, urbain et périurbain, devrait également contribuer à renforcer les capacités de mise en œuvre des programmes de protection sociale.

Des aides auparavant orientées vers les campagnes


Dans le document de la Banque mondiale intitulé « Perspectives économiques de Madagascar » paru fin 2020, constat est fait qu’avant la crise de la COVID-19, le système de filets sociaux de Madagascar s’adressait principalement aux populations pauvres des zones rurales et disposait d’un registre de bénéficiaires qui n’était pas encore opérationnel.

Les interventions d’urgence et la coordination des ripostes aux cyclones et sécheresses, dans lesquelles avaient massivement investi les programmes existants, ont toutefois permis au gouvernement et aux partenaires de développement de concevoir et mettre en œuvre en quelques semaines seulement le programme de transferts monétaires urbains baptisé Tosika Fameno.

Celui-ci a rapidement permis de verser des transferts monétaires non conditionnels à des ménages vulnérables touchés par les mesures de confinement : en passant par le système national d’intervention d’urgence et par les mécanismes de coordination de la protection sociale ; en déplaçant à l’échelle locale (commune, fokontany) l’inscription et le ciblage des ménages, fondé sur l’autociblage de la validation communautaire ; en mobilisant des capacités de mise en œuvre et des mécanismes de traitement des plaintes existants.
Les actions ont été menées principalement par le biais du Fonds d’intervention pour le développement (FID) et en réutilisant des moyens de paiement mobile susceptibles d’être rapidement étendus. Les partenaires en ont tiré des enseignements pour renforcer les futures ripostes et améliorer la communication avec le public.

L’approche africaine


Dans les autres pays africains, on remarque que les gouvernements ont majoritairement opté pour l’assistance sociale non contributive. Les programmes d’assistance sociale représentent 60% des ripostes à la COVID-19 et englobent les transferts monétaires, les transferts en nature, les travaux publics et les exonérations de contribution au service public.

Les transferts monétaires représentent un tiers de l’ensemble des programmes de filets sociaux, dont 56% sont de nouveaux programmes lancés en riposte à la COVID-19. Les subventions salariales continuent de dominer les programmes du marché du travail, dont ils représentent 60%. Leur générosité et leurs conditions d’accompagnement varient considérablement d’un programme à l’autre.

On note également que les pays du continent ont appliqué à la fois méthode d’expansion verticale et celle horizontale. La première consiste à augmenter le montant des prestations, la durée ou la fréquence des paiements d’un programme existant à l’intention de ses bénéficiaires actuels. Pour la seconde, il s’agit d’augmenter le nombre de bénéficiaires d’un programme existant via l’expansion de sa couverture géographique, le lancement d’une campagne d’inscriptions extraordinaire, la modification des règles d’admissibilité ou l’assouplissement des exigences ou conditions à remplir.

Acter une reprise durable


Selon les PTF, l’avènement d’une reprise économique durable dépendra de la capacité de Madagascar à étendre les filets sociaux et préserver les entreprises et les emplois viables, tout en relançant un programme de réformes structurelles visant à accélérer la croissance économique et la création d’emplois formels de qualité.

En évitant la faillite d’entreprises productives et le licenciement de travailleurs productifs, des mesures de soutien ciblées aux entreprises et aux travailleurs peuvent favoriser une reprise plus rapide et plus solide. Essentielles pendant la crise, ces mesures d’urgence devraient néanmoins, selon la Banque mondiale, être supprimées en suivant un calendrier transparent pour éviter de grever les finances publiques et de créer des distorsions de marché.

Au-delà de ces mesures d’atténuation à court terme, l’investissement et de création d’emploi devront être stimulés par des réformes facilitant l’octroi de permis, l’accès au crédit, l’accès à l’électricité, l’enregistrement de la propriété, l’exécution des contrats et le règlement des faillites.

Un milieu rural peu productif


Les PTF notent en outre la faible productivité de l’agriculture de subsistance pratiquée par la plupart des ménages ruraux, ce qui explique les faibles niveaux de vie de ces derniers et la constante préoccupation que représente la sécurité alimentaire pour l’ensemble du pays.

Depuis des décennies, le secteur du riz concentre les aides octroyées par le gouvernement. Dernièrement, sa production a chuté sous le niveau de 2010, les surfaces cultivées sont insuffisantes ou sous-exploitées et la plupart des régions dont la production est excédentaire sont difficiles d’accès par la route.

Face aux conséquences de cette situation (hausse des importations, déclin de l’autosuffisance, exposition du pays aux chocs des prix alimentaires internationaux), on suggère l’engagement de réformes audacieuses qui amélioreront la productivité notamment par de meilleurs dessertes rurales, la vulgarisation des méthodes de production à haut rendement, et l’entretien des installations d’irrigation et de stockage.

Face aux conséquences de cette situation (hausse des importations, déclin de l’autosuffisance, exposition du pays aux chocs des prix alimentaires internationaux), on suggère l’engagement de réformes audacieuses qui amélioreront la productivité notamment par de meilleurs dessertes rurales, la vulgarisation des méthodes de production à haut rendement, et l’entretien des installations d’irrigation et de stockage.