Le secteur du transport maritime doit subir des transformations pour mieux accompagner le développement du pays et s’arrimer aux nouveaux enjeux régionaux et internationaux. Ce constat a été rappelé à plusieurs reprises par les acteurs du monde maritime notamment à l’occasion des ateliers consacrés à la réforme du dispositif législatif qui encadre le secteur.

L’Agence Portuaire Maritime et Fluviale de Madagascar (APMF)  est l'autorité missionnée pour mettre en application la politique générale de l'Etat selon les stratégies arrêtées par le ministère chargé des transports concernant le sous-secteur portuaire, maritime et fluvial.

Pilotée par le Capitaine de Vaisseau Jean Edmond Randriamanantena, l’agence affirme avoir engagé, depuis l’année dernière, un certain nombre de réformes pour l’amélioration de son mode de gouvernance par le biais de la refonte de son statut et de son organigramme, ainsi que du système de contrôle interne afin de sécuriser davantage les recettes et d’optimiser les dépenses.

Sous sa houlette, les acteurs du secteur ont acté l’élaboration de la Politique Nationale du Transport Maritime et du Code du Transport Maritime, ainsi que de la mise en œuvre du plan d’action corrective faisant suite à audit du secteur effectué avec l’appui technique de l’Organisation Maritime Internationale (OMI).

Au niveau portuaire, l’APMF soutient que les priorités sont la réalisation du Schéma Directeur National du Développement Portuaire (SDNDP), la continuation des travaux d’infrastructures portuaires en cours  et la recherche de partenariat pour la modernisation des ports principaux autres que les installations de Toamasina et d’Ehoala, à Fort-Dauphin. Sans oublier le désenclavement des localités à forte potentialité économique à travers les ports régionaux à réhabiliter ou à construire. 

Pour le SDNDP, qui est l’un des axes stratégiques retenus dans la politique nationale du transport maritime, l’objectif est d’attirer vers les ports du pays les 7000 bateaux qui passent tous les jours par le sud-ouest de l’océan Indien ou le canal de Mozambique. Selon le DG de l’APMF,  Madagascar doit profiter du fait qu’il occupe « une place géostratégique sur les autoroutes commerciales maritimes, vecteurs du commerce Sud-Sud qui relient maintenant les marchés africains, asiatiques et américains ».

Le PPP privilégié

Concernant les partenaires potentiels pour la concrétisation des projets de modernisation des infrastructures portuaires, Madagascar mise sur la formule Partenariat Public-Privé (PPP) dans le cadre d’un processus d’ouverture qui pourrait impliquer ou non les bailleurs de fonds traditionnels. Les projets dans ce domaine peuvent s’inspirer de celui de Toamasina mais aussi de celui de Manakara dont les études ont été financées par  la Banque Africaine de Développement (BAD) à hauteur de 200 000 euros et réalisées par le cabinet néerlandais Maritime & Transport Business Solutions. 

Plusieurs entreprises étrangères seraient intéressées par l’exploitation des infrastructures portuaires du pays les plus prometteuses. Des enseignes bien connues comme Bolloré Transport & Logistics, Terminal Link ou encore DP World circulent sous le manteau. On avance également que Monaco Resources Group (MRG), déjà présent dans l’océan Indien dans l’agribusiness, serait sur les rangs.

Rappelons que  Madagascar est une île qui dispose de 5 400 km de côtes, d’une vingtaine de ports maritimes répertoriés, d’environ 1 200 000 km² de Zone économique exclusive (ZEE), et de plus de 2 millions de km² de Search and Rescue Region (SRR) ou Région de recherche et sauvetage. Et le pays entend faire du secteur un des leviers de son émergence économique  et asseoir sa notoriété au niveau régional et continental.

Un secteur impacté par le Covid

La pandémie de la Covid-19 a eu comme conséquence au niveau international l’arrêt de certaines branches du transport maritime dont l’industrie de la croisière qui emploie beaucoup de marins malgaches à l’international. Au niveau national, les mesures adoptées depuis le début de la crise ont affecté significativement le sous-secteur du transport maritime et fluvial notamment en matière de transport de passagers. Cela a engendré une perte conséquente des revenus des armateurs opérant dans le secteur. Une chute de plus de 40% du chiffre d’affaires entre avril et juillet 2020 selon nos informations. 

Il est indiqué dans le Plan Multisectoriel d’Urgence mis en œuvre par le gouvernement que les autorités sont en contact avec les compagnies maritimes et les agences de placement pour établir une base de données sur la situation des gens de mer originaires de la Grande Ile. Pour le secteur des transports, il est prévu que le Plan consacre près de 12 millions USD pour renforcer la résilience du secteur et acter la relance. La part du sous-secteur transport maritime dans cette enveloppe n’est cependant pas précisée. 



Au niveau du port de Toamasina, la plus importante plateforme du pays, on reconnait que la crise sanitaire a touché ses activités et impacté la réalisation de son plan d’extension et de modernisation. Mais la SPAT (Société du Port à Gestion Autonome de Toamasina) se veut optimiste. « Avec une fenêtre maritime sur l’océan Indien, nous nous sommes fixés pour défi d'accroître la compétitivité internationale et de développer l'attractivité du port de Toamasina. Le projet d'extension du port avance et augmentera considérablement la capacité de cargo à conteneurs à 1.000.000 million d'EVP/an contre 245.000 EVP/an actuellement avec les installations existantes », a-t-elle indiqué dernièrement.

Sécuriser l’océan

Dans le cadre de la mise en œuvre de la Stratégie de l’Afrique Orientale, Australe et Océan Indien (AfOA-OI) pour la lutte contre la piraterie maritime, un programme de sécurisation maritime dénommé « MASE », financé par l’Union Européenne, a été lancé. Ce qui a abouti à la décision de mise en place du Centre Régional de Fusion d’Informations Maritimes (CRFIM). Le choix de Madagascar comme Etat hôte de cette structure a été confirmé par les Etats de l’AfOA-OI lors de la Conférence Ministérielle sur la Sécurité et la Sûreté Maritime dans la région, tenue à Djibouti en mai 2016.





La première année d’existence du Centre a été marquée par la phase pré-opérationnelle du projet puis le démarrage. Plusieurs étapes ont été franchies par le CRFIM depuis ses débuts, notamment la formation du personnel, l’expansion du réseau d’échange d’informations, la mise en place d’outils de communication et la production des livrables de base (briefing journalier, statut du trafic maritime dans les ports de l’AfOA-OI, Image Maritime Reconnue, rapports périodiques sur la Sécurité et la Sûreté Maritime dans la région AfOA-OI).

A savoir que sur la base des données provenant des parties et des partenaires, le CRFIM reçoit, traite, fusionne, stocke, partage et échange les informations dans l’objectif d’émettre à temps une alerte en cas de danger imminent ou avéré en matière de sécurité et sûreté maritime dans sa zone d’intérêt général considéré comme étant l’espace maritime régional qui s’étend entre les latitudes 26 ° Nord et 37 ° Sud et les longitudes 20 ° Est et 76 °, 5 Est. 

Notons parmi les dernières actualités du Centre la décision de l’Inde, après avoir rejoint la Commission de l’Océan Indien (COI) en tant qu’observateur en mars 2020, de détacher des officiers navals de liaison au CRFIM à Madagascar et dans le détroit d’Ormuz pour améliorer la navigation maritime, suivant l’initiative européenne de surveillance maritime. 

On sait en outre que le CRFIM et le Centre régional de coordination des opérations  (CRCO, basé aux Seychelles) ont décidé de renforcer leur collaboration pour mieux assurer la surveillance et le contrôle de la zone maritime de l’océan Indien occidental. Les deux centres régionaux ont mis en place de nouvelles méthodes de travail pour s’adapter aux consignes en vigueur depuis l’arrivée du coronavirus.