Figure emblématique de la presse et du photojournalisme à Madagascar durant des décennies, Dany Be, Daniel Félix Rakotoseheno de son vrai nom, a tiré sa révérence. Depuis l’annonce de son décès, les hommages pleuvent de partout.

Cet illustre personnage de la scène médiatico-culturelle de la Grande Ile avait toujours su capter l’intérêt et le cœur des jeunes voulant intégrer le monde des médias. Devenu une pièce maitresse du Club des Journalistes Doyens (CJD), il avait toujours le temps et la verve pour motiver et orienter les journalistes en herbe et les plus expérimentés qui étaient nombreux à vouloir profiter de ses conseils, de ses anecdotes …et de ses blagues bien à lui. 

« Avec son appareil photo comme fidèle compagnon, il a été à la première loge pour assister à la lente mutation du journalisme et de la société malgache. Les domaines de la photographie et du journalisme, l’homme est tombé dedans quand il était petit. Né en 1933 d’un père journaliste, le jeune Dany Be fera ses premières gammes dans l’armée française en 1956 lors des longues marches militaires dirigées par de beaux “salauds” corses. Les officiers prenaient des photos des atrocités qu’ils avaient commises. C’est à cette époque que je me suis dit que je devais faire de la photographie autrement », écrivait Indigo qui avait dressé un portrait touchant de cet homme exceptionnel. 

C’est dans cette ambiance martiale qu’il va commencer à découvrir les coins et les recoins de son île natale et s’initiera à la photographie. Il sera par la suite l’un des rares journalistes à avoir immortalisé les évènements sanglants qui ont secoué le sud du pays en 1971, quand le parti Monima avait mené une révolution paysanne brutalement réprimée. Le 13 mai 1972, quand les forces de l’ordre tiraient sur la foule, à Antananarivo, Dany Be était aussi bien là.

Il y a cinq ans, dans le cadre d’une exposition consacrée à sa carrière par le Centre germano-malgache d’Antananarivo, la chaîne de radio RFI disait que Dany Be concevait ses photos à travers les yeux d’un révolté. L’intéressé n’avait jamais contredit cette vision et n’hésitait pas à enfoncer le clou comme quand il avait fustigé les patrons de presse qui, à ses yeux, était en train de tuer le métier de photojournaliste.  

« La technique de Dany Be, son regard fait de douceur et d’intelligence pour son pays, ainsi que sa grande contribution à la promotion du photojournalisme malgache lui ont valu d’être décoré officier de l’ordre des arts, des lettres et de la culture par Elia Ravelomanantsoa, ex-ministre de la culture et du patrimoine », écrivait Tahina Andrianiaina dans Madagascar Matin. Adieu l’Artiste !