Le gouvernement américain, à travers l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID), et « au nom du peuple américain », comme le souligne le communiqué, a lancé le 15 octobre un nouveau projet doté de 3,4 millions de dollars, sur une période trois ans, pour lutter contre les problèmes croissants du trafic illégal d’espèces et de la corruption qui y est associée. Zoom sur le projet.

« Le trafic d’animaux sauvages est une infraction grave qui nuit à la prospérité économique, à l’état de droit, à la bonne gouvernance, aux efforts de conservation et à la santé humaine et qui est souvent favorisé par la corruption »

, a déclaré l’actuelle première responsable de la mission diplomatique américaine à Madagascar, Amy J. Hyatt. 

« Les États-Unis prennent ces problèmes très au sérieux et, par conséquent, nous nous investissons dans la lutte pour mettre fin à la corruption et au trafic d’espèces sauvages à Madagascar ».

Le projet de lutte contre la corruption et le trafic d’espèces du gouvernement américain, financé par l’USAID et dont le World Wildlife Fund (WWF) est le chef de file, rassemble un consortium de parties prenantes, notamment TRAFFIC International, Transparency International Initiative Madagascar et Alliance Voahary Gasy. Le projet travaillera en collaboration avec le ministère de la Justice de Madagascar et le ministère de l’Environnement et du Développement Durable.




« Nous sommes convaincus que ce projet aura un impact significatif grâce à l’alliance de partenaires dévoués qu’il rassemble », a ajouté  Amy J. Hyatt. « Pour atteindre ces objectifs, il nous faut une adhésion significative à tous les niveaux de l’Etat à travers plusieurs ministères », a ajouté Amy J. Hyatt. La Ministre de l’Environnement, Baomiavotse Vahinala Raharinirina, le Ministre de la Justice, Herilaza Imbiki, et la Présidente du Comité pour la sauvegarde de l’intégrité (CSI), Sahondra Rabenarivo, qui ont pris part à la cérémonie de lancement, ce 15 octobre, sont considérés comme les points focaux de haut niveau du projet.

21.000 tortues endémiques saisies


Le trafic d’espèces et la corruption qui y est associée sont des problèmes croissants à Madagascar. Selon TRAFFIC, plus de 21.000 tortues endémiques ont été saisies lors de tentatives de trafic illégal à Madagascar entre 2018 et 2021. Le projet de lutte contre la corruption et le trafic d’espèces s’attaquera à ces problèmes complexes de plusieurs manières. Le projet mènera des recherches pour identifier les approches et les outils appropriés nécessaires pour renforcer les efforts de lutte contre la corruption.




Il collaborera avec les forces de l’ordre et le service des douanes pour renforcer les contrôles aux frontières et améliorer la surveillance en utilisant des techniques d’enquête spécialisées et une formation ciblée. Il améliorera également l’efficacité du système judiciaire et garantira que les trafiquants seront poursuivis et condamnés en dispensant une formation et d’autres formes d’assistance aux institutions concernées.

Le gouvernement américain affirme travailler aux côtés du gouvernement et du peuple malgaches, tels des « mpirahalahy mianala », pour protéger les ressources naturelles et la biodiversité du pays contre les pratiques illégales et non durables qui menacent son patrimoine environnemental et son avenir économique, a-t-on indiqué.

Washington qui soutient que depuis 2013, il a investi près de 60 millions de dollars dans des programmes de lutte contre le trafic d’espèces et de bois précieux, d’amélioration des moyens de subsistance et de renforcement de la gouvernance des ressources naturelles. Il s’agit notamment des deux projets phares de l’USAID en matière d’environnement, USAID Hay Tao et USAID Mikajy, et de deux subventions d’un million de dollars chacun accordées plus tôt cette année par le Bureau des affaires internationales de stupéfiants et de répression du Département d’État des États-Unis pour lutter contre le trafic d’espèces et l’exploitation forestière illégale à Madagascar.

Des trafiquants liés à des réseaux internationaux


Le trafic d'espèces sauvages, notamment le braconnage et le commerce illégal des produits de la faune et de la flore sauvages, est un des plus grands marchés illicites du monde, brassant des milliards de dollars tous les ans. Ce trafic menace la survie des espèces emblématiques ainsi que la sécurité des nations et des régions, le développement économique et la santé environnementale.

Le gouvernement américain estime qu’à Madagascar, comme dans d’autres parties du monde, les braconniers et les trafiquants sont souvent liés à des réseaux criminels internationaux qui profitent d'une mauvaise application de la loi, de la porosité des frontières, de la faiblesse de la société civile et de la corruption des fonctionnaires. « Ces réseaux complexes fonctionnent sans se soucier du préjudice qu'ils causent aux communautés locales ou du danger qui guette les groupes financés par la vente des produits de la faune ».

Les bois précieux (bois de rose, ébène, palissandre…) sont exploités illégalement et exportés pour la confection de produits de grande valeur comme les meubles et les instruments de musique. Les reptiles (tortues, caméléons, lézards et serpents) servent d’animaux domestiques exotiques et de médicaments. Lémuriens sont braconnés pour leur viande et capturés pour le commerce illicite d’animaux de compagnie. La faune marine (hippocampes, poissons exotiques…) est aussi exploitée illégalement à grande échelle.




L'USAID affirme définir généralement la faune sauvage comme des animaux sauvages, mais souligne que « l'exploitation forestière illégale et le commerce associé du bois précieux est connu pour faciliter la criminalité liée aux espèces sauvages et plusieurs autres facteurs similaires : pauvreté, gouvernance faible et corruption ». Pour cette agence, le trafic d'animaux sauvages est un problème de développement international parce qu'il mine la sécurité, l’Etat de droit et les efforts de mettre fin à l'extrême pauvreté. Le trafic d'espèces sauvages est ainsi comme un principal contributeur à la déstabilisation des communautés et peut diminuer ou réduire à néant l'impact les programmes américains de santé, de sécurité alimentaire, d’eau et assainissement et d'autres.

L’approche USAID


Le précédent projet environnemental de l'USAID à Madagascar, intitulé «Préserver les ressources naturelles de Madagascar», lancé en 2013 et terminé à la fin de 2016, comportait déjà un volet important de lutte contre la faune sauvage. Le projet a réuni quatre organisations non gouvernementales internationales, à savoir World Wildlife Fund (WWF), Wildlife Conservation Society (WCS), Conservation International (CI) et TRAFFIC, pour collaborer avec les organisations de la société civile locale et l’Etat malagasy afin de combattre le trafic de faune sauvage à l’intérieur et autour des forêts humides du nord-est du pays.

Connu localement sous le nom de SCAPES ou Sustainable Conservation Approaches in Priority Ecosystems (Approche de conservation durable dans les écosystèmes prioritaires), les activités étaient axées sur la lutte contre le trafic de bois précieux et de reptiles, ainsi que sur la formation d'acteurs clés pour surveiller, sensibiliser et combattre le trafic de bois et d'espèces sauvages dans des localités cibles. Ce processus a mobilisé différents membres de la société, des organisations communautaires aux négociants en bois, en passant par les journalistes, les gardes forestiers, les autorités chargées de l’application de la loi, les tribunaux et les ministères.





Un programme de formation a été dispensé pour améliorer l'identification des espèces de bois et de reptiles, élaborer un cadre législatif pour une meilleure gestion et une réduction du trafic illégal d'espèces sauvages, développer les compétences des organisations de la société civile (OSC) et des journalistes d'investigation pour mieux dénoncer les pratiques illégales. Grâce au soutien de l'USAID dans le cadre de SCAPES, une nouvelle Coalition nationale pour la défense de l'environnement et trois coalitions régionales d'OSC (LAMPOGNO, COCAZ, TMTI) a été mis en place pour identifier, surveiller et dénoncer les crimes contre les espèces sauvages.

Les gardes forestiers communautaires et le personnel des aires protégées ont été formés aux techniques de suivi de l'application de la loi en utilisant un logiciel de conservation SMART. Ce dernier permet l’adoption de meilleures techniques de contrôle du commerce et de surveillance des aires protégées à l'échelle nationale. Le ministère en charge de l'environnement et les partenaires au développement ont été appuyés dans le cadre de l’élaboration d’un plan de gestion de la biodiversité (BMP) pour les essences forestières de valeur comme Dahlbergia et Diospyros. Pour ce nouveau projet, l’approche ne connaitra pas un changement notable mais l’on projette de renforcer la puissance d’action des acteurs et l’implication des partenaires.

Plusieurs organismes impliqués


Le gouvernement américain a souligné que l’USAID n’opère pas seul à Madagascar. Et selon nos informations, Washington compte mobiliser davantage les organismes gouvernementaux américains (le département d'État et celui de la Défense, l’US Fish and Wildlife Service et aussi les services de renseignement) dans ce projet qui, outre les 3,4 millions USD, peut compter sur les ressources mobilisées pour des programmes connexes.

On ne sait pas encore, en revanche, si le travail pour dresser une évaluation complète de l'état actuel du trafic d'espèces sauvages à Madagascar, conformément à la loi de 2016 sur l'élimination, la neutralisation et l’interruption du trafic de la vie sauvage, a déjà été bouclé. Cette évaluation est prévue aider les parties prenantes à formuler et à mettre en œuvre une stratégie nationale de lutte contre la criminalité liée aux espèces sauvages.




En s'appuyant sur les enseignements tirés de SCAPES, le projet Conservation and Communities (CCP) de l'USAID Madagascar a été positionné pour appuyer la stratégie nationale de la loi « Mettre fin au trafic de faune sauvage » ainsi que le groupe de travail présidentiel sur la lutte contre la pêche illicite non déclarée et non réglementée (IUU) et le trafic des produits marins. 

Pour la communication, l’USAID soutient que la sensibilisation à ces problématiques repose sur une forte présence sur les médias sociaux à Madagascar ainsi qu'à travers des campagnes d’information comme l’opération d’impression de dépliants, d’affiches et de cartes postales produits en partenariat avec le département d'État américain, trois ministères et huit partenaires au développement.

Rappel a, enfin, été fait que l'USAID Madagascar est membre du Groupe des Partenaires Techniques et Financiers du Ministère malagasy en charge de l'Environnement qui se réunit régulièrement pour discuter des priorités et de l'adéquation entre l’appui des donateurs et les stratégies nationales du secteur.