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STARTUPS A MADAGASCAR | Un écosystème en croissance



Des incubateurs aux programmes lancés ou soutenus par les partenaires techniques et financiers (PTF), en passant par les projets portés par les entités publiques à l’instar du Concours national de startups ou le projet Fihariana, les initiatives et les structures dédiées à l’appui des startups se multiplient à Madagascar au sein d’un écosystème qui prend de l’ampleur au fil des années. 

Le monde des startups est devenu l’un des sujets préférés des médias à Madagascar. Un phénomène bien compréhensible quand on constate le nombre de conférences et autres ateliers organisés chaque année et dédiés à l’autonomisation des jeunes et des femmes par l’entreprenariat et l’innovation. A remarquer aussi les concours et les appels à candidature qui pullulent littéralement. Les investisseurs étrangers se bousculent aussi pour attirer dans leur écurie les jeunes pousses malagasy les plus prometteuses. 

Le contexte nouveau fait que les jeunes entrepreneurs se tournent davantage vers les structures d’appui pour créer ou développer leurs activités. Raison pour laquelle les plateformes dédiées à l’accompagnement technique et financier des entreprises innovantes se multiplient. Le pays possède même désormais une plateforme rassemblant les professionnels de l’accompagnement en entrepreneuriat et innovation (PPAEI). Cette dernière s’est donnée pour mission de renforcer les appuis techniques destinés aux petits porteurs de projet d’entreprise. Il s’agit, a-t-on soutenu, d’épauler les créateurs d’entreprise en leur apportant le savoir-faire nécessaire, de la confection du business model à la gestion de tous les aspects juridiques et ceux liés à la propriété intellectuelle et à la levée de fonds

Pour Seheno Ranoarivony, numéro deux de la plateforme, l’évolution rapide dans le domaine des startups fait qu’il a fallu acter la naissance d’un « incubateur d’incubateur » avec comme objectif de fédérer les Structures d’Accompagnement en Entrepreneuriat et Innovation (SAEI) et de faciliter l’expansion des entités concernées. L’initiative se démarque par le fait que contrairement aux autres plateformes d’appui aux startups, elle évolue comme une interface entre les différents partenaires dans l’entrepreneuriat les régions du pays. En particulier dans les zones rurales d’Antananarivo, Taolagnaro, Antsiranana, Toamasina ou encore Antsirabe. 

Heri Rafidison, secrétaire général de la PPAEI., soutient pour sa part que l’appui de la plateforme permet aux jeunes entrepreneurs d’accéder à une communauté d’anciens incubés et d’être plus efficacement connectés avec les partenaires, les investisseurs ou encore des bêta-testeurs. « Aussi, c’est tout un microcosme d’expertises qui est rassemblé au sein d’une structure pour aider à faire évoluer et mûrir un petit projet d’entreprise en phase de démarrage », a-t-il ajouté avant de noter que si l’incubateur appuyé par la plateforme est aussi un accélérateur, il sera à même de fournir des capitaux nécessaires en contrepartie d’une prise de participation dans le projet d’entreprise. 

E-toolia et les autres

Selon l’Economic Dévelopement Board of Madagascar (EDBM), E-toolia est l’un des piliers du projet de développement de l’écosystème numérique dans la grande île. L’outil piloté par l’agence de promotion des investissements, qui se décline sous la forme de plateforme en ligne,  a vu le jour grâce à l’appui de la Confédération Suisse, représentée par le Département Fédéral des Affaires Etrangères et par l’Ambassade de Suisse à Madagascar.

L’EDBM souligne qu’E-toolia est un moyen particulièrement pragmatique pour l’accompagnement des startups et des PME à Madagascar. « Cette boîte à outils en ligne vise à octroyer aux entrepreneurs une solution qui leur permettra d’exceller dans leur secteur d’activité et faciliter leurs recherches d’investissements ». 




Avec la collaboration des différents partenaires, E-toolia regroupe un large portefeuille d’instruments et représente une mine d’informations pour les entrepreneurs, incluant calendriers évènementiels, formations, outils, etc… Il facilite les démarches de recherche  de financement et offre une visibilité accrue pour les projets. La plateforme permet également de trouver un mentor pour d’éventuels conseils, et bien d’autres fonctionnalités à découvrir…

Dans la sphère privée, les initiatives ne manquent pas non plus. Citons parmi les plus récentes « 100startups.co », un programme qui identifie, forme, accompagne et offre des financements d'amorçage aux entrepreneurs présentant les meilleures idées d'entreprise pour que ces dernières aient beaucoup plus de chance d'être mises en œuvre. Il s'agit d'éclore les 100 idées de projets innovants à forte valeur ajoutée pour qu'elles deviennent des entreprises pérennes, créatrices d’emplois et surtout viables à long terme.

« Nous visons à faire de l'entrepreneuriat un levier de développement de Madagascar. Le financement et l'accompagnement des idées innovantes sont des outils pertinents pour le développement des startups. Madagascar, un pays très pauvre avec une population jeune (33% de la population ont moins de 24 ans), regorge de jeunes talentueux pour faire face aux problèmes d'employabilité et de pauvreté dans son ensemble », soutiennent les promoteurs de ce projet.

Chez Miarakap, on a annoncé dernièrement que la start-up SmartPredict a obtenu un financement seed de 650 000 euros, venant s’ajouter au 400 000 euros déjà mobilisés fin 2020 par cette entreprise spécialisée dans l’Intelligence Artificielle (IA). Miarakap est connu comme étant un fonds d’investissement à impact dédié au financement des PME et des start-up à Madagascar. Et pour cette structure, la réussite de SmartPredict prouve que le secteur du financement des initiatives privées se développe à Madagascar. 




Le Groupe Axian soutient également que les lignes bougent du côté de l’accompagnement financier et technique des entreprises innovantes même s’il existe un certain nombre d’obstacles à surmonter. Rappelons qu’en plus de son entrée au tour de table de nombreux fonds d’investissement opérant à Madagascar et en Afrique, le groupe a lancé il y a trois ans NextA, une plateforme qui a vocation de rassembler en un même lieu l’écosystème de l’innovation afin de renforcer le tissu entrepreneurial national. 

Aux côtés des « opérateurs historiques » de soutien aux startups comme NextA ou Miarakap, d’autres projets cheminent. Et selon un bon connaisseur de cet écosystème, le nombre d’entités consacrées à la promotion des startups pourrait décupler dans les cinq ans à venir. Mais notre interlocuteur de mettre aussi en garde ces jeunes qui « n’accordent que peu d’intérêt à la viabilité de leur projet  mais qui semblent uniquement subjugués par toutes ces promesses de financement ». 

Esprit de compétition

Le monde ses startups accorde une place de choix au challenge. Il est donc considéré comme naturel le fait que les compétitions soient au cœur de l’évolution de cet écosystème. Madagascar a bien intégré ce principe et nombre de ses startuppers ont pris part à divers concours organisés au niveau continental, voire international. Et ils ne sont pas rares à avoir été primés.

Par ailleurs, comme dans d’autres pays, Madagascar a aussi maintenant sa compétition nationale mettant en lice les startups. « Entrepreneuriat et Objectifs de Développement Durable (ODD) », tel est le thème du Concours national de startups organisé par la Maison de la Communication des Universités (MCU), en partenariat avec NextA.



Selon les organisateurs, le concours est dédié aux étudiants des établissements d’enseignement supérieur publics et privés. Il consiste à éveiller leur esprit entrepreneurial, leur donner l’occasion de concrétiser leur idée de projet, et contribuer à l’atteinte des ODD. La première édition a été programmée sur sept semaines, du 11 octobre 2021 au 30 novembre 2021. Les participants ont été appelés à élaborer et présenter leur projet afin de démontrer leur potentiel en termes de production, de marché et de mettre en avant leur capacité entrepreneuriale. 

Les projets sélectionnés bénéficieront d’une période d’incubation, durant laquelle, leurs initiateurs bénéficieront d’accompagnement des organisateurs et des partenaires du concours, en vue de trouver les solutions pour la réalisation de ces projets. Toujours d’après les organisateurs, partenaires techniques et financiers jouent un rôle important dans l’appui à l’organisation du concours. La proclamation de la liste des gagnants a été faite le 15 décembre 2021 et l’incubation commencera le 3 janvier 2022.

Notons également l’arrivée de Malagasy Investment Club (Maic). Initié par plusieurs entrepreneurs nationaux en activité depuis de nombreuses années, l’association veut aussi apporter sa contribution au financement des startups. Le Maic se positionne comme une alternative dans un contexte où l’accès au financement constitue encore l’un des problèmes majeurs soulevés de manière récurrente par les créateurs d’entreprise, et notamment par les startuppers. En cause, le manque de garantie ou de fonds propres. Une étude de la Banque mondiale confirme d’ailleurs que le secteur bancaire est toujours récalcitrant à prendre des risques et a surtout recours aux prêts garantis. 

Des impacts à prouver 

Mais où on est-on réellement concernant le niveau des financements accordés aux startups malagasy et aussi l’impact réel de ces dernières sur l’économie ? Curieusement, malgré les impressionnantes retombées médiatiques dont bénéficie ce secteur ainsi que les aides multiformes dont il est le récepteur, il n’existe pour le moment aucun rapport d’étude ou d’enquête digne de ce nom permettant d’apporter des réponses pertinentes à ces questions.




Selon un dosser en forme de chronique produit par Simon Lee, qui se présente en tant que web-entrepreneur opérant en Afrique subsaharienne, de nombreux entrepreneurs à Madagascar estiment que démarrer en tant que start-up constitue la solution miracle.  « Certains participent à des concours, les plus hésitants intègrent des incubateurs et d'autres sont prêts à hypothéquer jusqu’à leurs sous-vêtements pour obtenir un financement des organismes de crédit. Chacun parvient à leur manière à mettre sur pied leurs entreprises. Alors où se situe le problème ? Pourquoi malgré un énorme financement, ces start-up malagasy ont-elles autant de mal à percer ? », constate-t-il.  Et le chroniqueur d’avancer que l’esprit entrepreneurial manque encore à Madagascar. Qu'il s'agisse d'une start-up ou d'une entreprise dans sa forme traditionnelle, les Malagasy sont encore très loin d'avoir cette culture... 

Pour les observateurs avertis, le pays est sur la bonne voie malgré ses faiblesses. Et d’ajouter que le succès économique du pays passera par des investissements privés conséquents et, notamment, un appui fort en faveur des jeunes entreprises innovantes. De leur côté, les autorités soutiennent qu’il est nécessaire d’appuyer les entrepreneures sur la base d’une vision claire, d’où la décision  d’élaborer un Plan d’action national pour les investissements à Madagascar. 

La première mouture de ce plan a été présentée aux PTF dont l’Union européenne. Cette dernière avait alors indiqué qu’un document sera soumis dans le cadre du projet régional SIBE (Support to Investment and Business Environment) financé par l’UE à travers la SADC, afin de favoriser les investissements privés sur la Grande Ile et en particulier le financement des startups.

Enfin, concernant l’impact des startups sur l’économie, les fervents promoteurs des jeunes entrepreneurs innovants soutiennent que les milliards d’ariary déjà injectés dans les entreprises ces dernières années ont permis à la fois de créer des centaines voire des milliers d’emplois, de renforcer significativement les capacités de gestion des nouveaux patrons d’entreprise et de diversifier le tissu économique du pays. Ils rappellent également que les startups ont considérablement contribué à la transformation numérique du microcosme entrepreneurial du pays.

Selon le Ceentre (Centre d’excellence en entrepreneuriat) rattaché à  l'Institut Supérieur de la Communication, des Affaires et du Management (ISCAM), le taux de réussite d'une start-up à Madagascar tourne autour de 20%. Pour la structure dénommée « Incubons », un meilleur pourcentage est enregistré : 35%. Des taux ne prêtent pas encore à l’optimisme. Les entrepreneurs sont-ils trop ambitieux  ou ne sont pas en mesure de bien cerner les enjeux liés à son business model ? Les deux répondront sans doute les plus objectifs. En tout cas, Madagascar doit augmenter le taux de réussite de ses startups.


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