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INTEGRATION DE L'OR MONETAIRE | Comment la Grande Ile s'y prend-elle ?

Madagascar s'active depuis trois ans à l’intégration de l’or monétaire dans ses réserves de change. Banky Foiben’i Madagasikara (BFM) explique que cette orientation de politique monétaire s’accompagne désormais d’une démarche plus large visant à mieux structurer la filière aurifère, depuis la production artisanale jusqu’à la collecte, tout en renforçant la traçabilité et la prise en compte des enjeux environnementaux et sociaux.


Madagascar s'active depuis trois ans à l’intégration de l’or monétaire dans ses réserves de change. Banky Foiben’i Madagasikara (BFM) explique que cette orientation de politique monétaire s’accompagne désormais d’une démarche plus large visant à mieux structurer la filière aurifère, depuis la production artisanale jusqu’à la collecte, tout en renforçant la traçabilité et la prise en compte des enjeux environnementaux et sociaux.


Selon la banque des banques, l’enjeu dépasse la seule constitution de réserves. L'institution dirigée par Aivo Handriatiana Andrianarivelo estime que la valorisation de l’or produit à Madagascar passe aussi par une meilleure organisation des circuits de collecte et par la formalisation progressive des acteurs d’une filière qui reste largement dominée par l’exploitation minière artisanale et à petite échelle. BFM prévoit alors la mise en place prochaine de points de collecte dans plusieurs zones présentant un potentiel aurifère important. Ambilobe, Maevatanana, Mananjary et Miandrivazo figurent parmi les localités concernées. Ces dispositifs doivent permettre aux producteurs et aux orpailleurs d’accéder plus facilement à des circuits formels. Ils ont également vocation à améliorer le suivi de l’or mis sur le marché, notamment grâce au contrôle de sa qualité et de sa pureté.


La traçabilité constitue un élément central de cette démarche. En renforçant la connaissance de l’origine et du parcours de l’or, les autorités souhaitent contribuer à une plus grande transparence de la chaîne de valeur et à une meilleure maîtrise des flux. Pour les acteurs institutionnels, la formalisation peut également faciliter l’accès des exploitants aux services financiers et à des dispositifs d’accompagnement. Cette évolution intervient dans un secteur qui représente une source importante d’activité économique dans le pays. L’exploitation minière artisanale et à petite échelle (EMAPE) de l’or fournirait aujourd’hui des emplois directs à environ 600 000 personnes à Madagascar, selon les éléments communiqués dans le cadre de cette initiative.


Partenariat avec le programme PlanetGOLD 

La volonté de mieux organiser la filière s’accompagne d’un volet environnemental. BFM est devenue la première banque centrale partenaire du programme PlanetGOLD à Madagascar et a signé, en avril, deux accords de partenariat destinés à soutenir cette démarche. Le premier concerne le projet PlanetGOLD Madagascar, mis en œuvre avec le ministère des Mines et l’Organisation des Nations unies pour le développement industriel (ONUDI). Son objectif principal est de réduire puis d’éliminer l’utilisation du mercure dans l’exploitation minière artisanale de l’or. Le mercure demeure en effet utilisé dans certaines pratiques de récupération de l’or. Cette technique présente des risques pour la santé des personnes exposées et pour les écosystèmes lorsque le produit est rejeté dans l’environnement. Le programme entend donc favoriser le recours à des solutions techniques permettant de traiter le minerai sans mercure.


La volonté de mieux organiser la filière s’accompagne d’un volet environnemental. BFM est devenue la première banque centrale partenaire du programme PlanetGOLD à Madagascar et a signé, en avril, deux accords de partenariat destinés à soutenir cette démarche. Le premier concerne le projet PlanetGOLD Madagascar, mis en œuvre avec le ministère des Mines et l’Organisation des Nations unies pour le développement industriel (ONUDI).


L’approche repose notamment sur l’accompagnement des exploitants, la diffusion de techniques alternatives et la sensibilisation des communautés. La réussite de cette transition dépendra toutefois de la capacité à rendre les solutions proposées accessibles aux petits producteurs, tant sur le plan technique que financier. C’est sur ce dernier point que BFM entend notamment intervenir. L’institution prévoit de soutenir l’accès des orpailleurs à des financements destinés à l’acquisition de technologies sans mercure, ainsi qu’à des mécanismes de garantie et à des produits financiers adaptés à leurs besoins.


Le second accord signé par la Banque centrale porte sur la responsabilité sociétale des entreprises (RSE), en collaboration avec le ministère de l’Environnement et du Développement durable. L’objectif affiché est de contribuer à transformer les engagements déclarés des entreprises en pratiques concrètes, suivies et mesurables. Selon le Baromètre RSE 2025 cité par la BFM, 83 % des entreprises déclareraient intégrer des pratiques relevant de la responsabilité sociétale. Ce taux témoigne d’une progression des préoccupations liées à la durabilité, mais ne permet pas, à lui seul, de mesurer la réalité ou l’efficacité des actions engagées. Le partenariat doit précisément contribuer à renforcer la transparence et à encourager des pratiques environnementales et sociales davantage intégrées aux stratégies des entreprises.


Pour BFM, cette dimension s’inscrit dans une réflexion plus globale sur les conditions permettant à la filière aurifère de produire davantage de valeur tout en limitant ses impacts négatifs. La formalisation de l’activité minière artisanale constitue un autre axe de la démarche. 3Il ne s’agit pas uniquement de mieux encadrer la circulation de l’or, mais aussi de rapprocher les orpailleurs du système financier formel", a-t-on aussi fait savoir. L’institution entend ainsi favoriser leur accès aux services bancaires et promouvoir l’éducation financière auprès des exploitants et des communautés locales. Dans les zones aurifères, elle souhaite également encourager l’implantation de prestataires de services bancaires.


Un projet à plusieurs étapes 

Cette orientation répond à une difficulté structurelle : une activité économique peut être importante sans que ses acteurs disposent nécessairement d’un accès suffisant aux services financiers, au crédit ou aux instruments permettant de sécuriser leurs revenus. Une meilleure inclusion financière pourrait, dans ce contexte, accompagner la formalisation de la filière. BFM prévoit par ailleurs de contribuer au suivi des effets économiques et sociaux de cette formalisation. L’objectif sera notamment d’évaluer ses conséquences sur les revenus, l’emploi et les conditions d’activité des populations concernées.


Cette orientation répond à une difficulté structurelle : une activité économique peut être importante sans que ses acteurs disposent nécessairement d’un accès suffisant aux services financiers, au crédit ou aux instruments permettant de sécuriser leurs revenus. Une meilleure inclusion financière pourrait, dans ce contexte, accompagner la formalisation de la filière. BFM prévoit par ailleurs de contribuer au suivi des effets économiques et sociaux de cette formalisation. L’objectif sera notamment d’évaluer ses conséquences sur les revenus, l’emploi et les conditions d’activité des populations concernées.


Le passage de l’or minier à l’or monétaire suppose donc plusieurs étapes. La mise en place de points de collecte, l’amélioration de la traçabilité, la réduction de l’usage du mercure et l’accès accru aux services financiers constituent autant de leviers complémentaires. La démarche comporte néanmoins des défis importants. La formalisation d’une activité artisanale dispersée, souvent exercée dans des zones éloignées des infrastructures financières, nécessite des dispositifs accessibles et adaptés aux réalités locales. De même, la transition vers des techniques sans mercure devra tenir compte des capacités financières et techniques des exploitants.


Pour Madagascar, l’enjeu est ainsi de mieux tirer parti de ses ressources aurifères tout en améliorant les conditions dans lesquelles elles sont exploitées et commercialisées. Pour la BFM, l’or peut progressivement jouer un rôle à la fois dans l’économie réelle, à travers une filière mieux structurée, et dans la gestion des réserves de change, à travers l’or monétaire. Cette ambition repose désormais sur la mise en œuvre concrète des mécanismes annoncés. Les prochains mois permettront notamment d’apprécier la portée des nouveaux points de collecte, l’évolution de la formalisation des orpailleurs et les résultats des actions engagées contre l’utilisation du mercure. La crédibilité de cette stratégie dépendra, en définitive, de sa capacité à concilier les objectifs monétaires avec les impératifs économiques, sociaux et environnementaux de la filière.