Les Assises nationales de la diplomatie malagasy ont débuté lundi au ministère des Affaires étrangères, à Anosy, avec l’ambition de redéfinir les priorités de la politique extérieure du pays. Pendant dix jours, responsables publics, diplomates et autres parties prenantes sont appelés à réfléchir à la place que Madagascar entend occuper dans un environnement international marqué par de profondes recompositions.
La question posée aux participants est à la fois générale et stratégique : quelle diplomatie pour Madagascar dans les prochaines décennies ? Cinq tables rondes doivent structurer les travaux autour de cette interrogation. À l’ouverture des Assises, la ministre des Affaires étrangères, Alice N’Diaye, a insisté sur la nécessité pour la Grande Île de renforcer sa capacité d’anticipation et d’action. « Dans un monde en mutation, Madagascar ne peut se contenter de rester spectateur », a-t-elle déclaré, appelant à identifier les évolutions susceptibles d’affecter les intérêts du pays et à y répondre de manière adaptée. L’objectif affiché est ainsi de faire évoluer l’action diplomatique d’une logique essentiellement réactive vers une approche davantage stratégique.
Cette réflexion intervient dans un contexte international caractérisé par la montée de nouvelles puissances, la multiplication des rivalités géopolitiques et l’intensification de la compétition économique. À ces enjeux s’ajoutent désormais le changement climatique, la sécurité énergétique et alimentaire, les migrations, ainsi que la transformation numérique. Dans cet environnement, la situation géographique de Madagascar, au carrefour des routes de l’océan Indien et à proximité du canal du Mozambique, est présentée comme un potentiel levier d’influence et de coopération. La première table ronde, consacrée à la « vision stratégique et au positionnement international de Madagascar », doit notamment examiner les contours de cette nouvelle doctrine. Les discussions portent sur une diplomatie capable de défendre la souveraineté et les intérêts stratégiques du pays tout en développant ses partenariats internationaux.
La dimension économique figure également parmi les priorités. Les Assises doivent chercher à préciser la manière dont la diplomatie peut davantage contribuer à l’attractivité du territoire, aux investissements, à l’industrialisation, à la croissance et à la création d’emplois. Un rapprochement plus étroit entre l’action diplomatique et les besoins des entreprises malgaches est notamment envisagé. Les travaux couvrent également la promotion de la culture et du patrimoine, la coopération universitaire et scientifique, ainsi que les questions de sécurité. La sécurité maritime occupe une place particulière compte tenu des enjeux commerciaux et stratégiques associés à l’océan Indien.
Cette réorientation pourrait enfin s’accompagner d’une modernisation de l’appareil diplomatique. Le renforcement des moyens, l’adaptation des structures et l’évolution de la formation des diplomates font partie des pistes évoquées. À l’issue des travaux, les recommandations doivent être regroupées dans un « livre blanc ». Ce document devrait servir de référence à la future politique étrangère de Madagascar. Sa portée dépendra toutefois de sa traduction effective en orientations gouvernementales et en actions concrètes.


