La filière crevettière malgache traverse actuellement l’une des périodes les plus difficiles de son histoire. Selon le Syndicat des Industries de Madagascar (SIM), près de 75 % des entreprises opérant dans ce secteur stratégique risquent de fermer leurs portes dans un avenir proche. Une situation alarmante qui résulte à la fois de l’augmentation des coûts d’exploitation et d’un environnement fiscal que les professionnels jugent de plus en plus étouffant.
Au cœur des préoccupations figure une mesure supprimant la franchise dont bénéficiaient jusque-là les avitaillements des navires de pêche, imposant désormais des taxes supplémentaires aux opérateurs. Cette décision a considérablement alourdi les charges supportées par les armateurs et producteurs de crevettes, déjà confrontés à une hausse généralisée des coûts de production. Face à cette situation, le SIM et le Groupement des armateurs et des producteurs de crevettes de Madagascar (GAPCM) tirent la sonnette d’alarme. Dans un communiqué, les groupement soutiennent la nécessité de rétablir la franchise sur les avitaillements des navires de pêche. Une mesure qualifiée d'indispensable pour préserver la viabilité économique d’un secteur qui joue un rôle majeur dans l’économie nationale.
Les professionnels du secteur estiment que sans une décision rapide des autorités, plusieurs entreprises pourraient être contraintes de suspendre ou de cesser définitivement leurs activités dans les prochaines semaines. Une telle issue aurait des conséquences économiques et sociales considérables. Les chiffres démontrent en effet l’importance de la filière crevettière pour Madagascar. Elle génère environ 3 000 emplois directs et indirects et distribue chaque année près de 25 milliards d’ariary en salaires. Sur le plan des exportations, elle rapporte plus de 22 millions d’euros de recettes annuelles en devises, contribuant ainsi à l’équilibre de la balance commerciale du pays.
La contribution fiscale du secteur est également significative. Chaque année, les entreprises de la filière crevettière versent environ 42 milliards d’ariary sous forme d’impôts, taxes et contributions assimilées. À cela s’ajoutent près de 12 milliards d’ariary de redevances de pêche. La production annuelle avoisine par ailleurs les 10 000 tonnes de protéines, participant à la valorisation des ressources halieutiques nationales. Pour les opérateurs, les conséquences d’une fermeture massive des entreprises seront désastreuses pour l'économie. Outre la perte de milliers d’emplois, une telle situation entraînerait une baisse des recettes fiscales de l’État, une diminution des revenus issus des exportations ainsi qu’une fragilisation accrue des communautés côtières qui dépendent largement de cette activité pour leur subsistance.
Cette crise intervient paradoxalement à un moment où la filière crevettière pourrait bénéficier d’opportunités de croissance sur les marchés internationaux. Au lieu de soutenir sa compétitivité, les opérateurs estiment que les nouvelles dispositions fiscales risquent de compromettre durablement son développement. Dans ce contexte, les acteurs de la filière appellent les autorités à "engager rapidement un dialogue constructif afin de trouver des solutions adaptées". Pour eux, le rétablissement de la franchise sur les avitaillements des navires de pêche constitue une mesure urgente pour éviter l’effondrement d’un secteur qui demeure essentiel à l’économie malgache et au développement des régions côtières.


