L’histoire de Jimi Hendrix et de la grande île de l'océan Indien continue d’alimenter la curiosité des passionnés de musique d'ici et d'ailleurs. Près de six décennies après la disparition du guitariste de légende, une question demeure au cœur de cette anecdote : quel lien entretenait-il réellement avec Madagascar et, plus particulièrement, avec le peuple Antakarana ?
Entre traces musicales, témoignages et récits transmis au fil des années, cette histoire mêle des éléments documentés à une part de mystère. Le premier indice tient en un titre : Madagascar. En 1969, en marge du célèbre festival de Woodstock, alors que Jimi Hendrix est au sommet de sa créativité, le musicien travaille sur une ébauche instrumentale portant le nom de la Grande Île. Ce morceau, resté peu connu du grand public, constitue l’un des éléments les plus tangibles de cette connexion. Il témoigne, à tout le moins, de l’intérêt que le nom de Madagascar a suscité dans l’univers artistique du guitariste.
D’autres récits ont contribué à entretenir cette proximité. Selon des recherches et témoignages relayés notamment par le producteur Jean-Claude Vinson, Hendrix aurait inscrit les mentions « Antakarana » ou « Antakarana staff » dans les registres de certains hôtels américains. Ces références, si elles sont rapportées dans plusieurs publications, ne suffisent toutefois pas à établir la nature exacte de son intérêt pour cette communauté du nord de Madagascar. L’hypothèse d’un attachement spirituel est régulièrement avancée. Elle s’accorde avec l’image d’un artiste en quête permanente de nouvelles expressions, qui refusait de limiter la musique à des frontières culturelles. Hendrix s’intéressait aux traditions musicales africaines et à leurs rythmes complexes. Les mesures ternaires, notamment celles en 6/8, présentes dans plusieurs traditions du continent et dans certaines musiques malgaches, peuvent ainsi évoquer des préoccupations artistiques communes.
Rien ne permet en revanche d’affirmer avec certitude qu’il se serait directement inspiré du salegy pour composer ses œuvres. Cette histoire prend une dimension particulière à Madagascar, où la référence aux Antakarana nourrit une lecture identitaire et culturelle de la vie du musicien. Elle soulève cependant une distinction essentielle entre une affinité revendiquée et une filiation familiale établie. Les éléments biographiques disponibles ne confirment pas de descendance malgache directe de Jimi Hendrix. Né à Seattle en 1942, il était issu d’une famille afro-américaine, avec des origines amérindiennes et européennes rapportées dans les récits biographiques. Aucun élément généalogique solidement établi ne permet de rattacher sa famille au peuple Antakarana.
Cette absence de preuve ne retire rien à l’intérêt culturel de l’histoire, mais invite à distinguer les faits des interprétations. La chanson intitulée Madagascar et les témoignages évoquant les Antakarana constituent des pistes à examiner avec rigueur, sans transformer une fascination possible en certitude historique. Outre la question des origines, cette anecdote rappelle la capacité de la musique à rapprocher des univers éloignés. Jimi Hendrix a profondément marqué l’histoire du rock, et de la musique en général, en repoussant les limites de la guitare électrique et en explorant de nouvelles sonorités. Que son intérêt pour Madagascar ait relevé d’une quête spirituelle, d’une curiosité artistique ou d’une fascination plus personnelle, cette histoire continue de trouver un écho sur la Grande Île...et un peu partout à travers la planète.


