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FILIERE BAUXITE | Des conditions posées à Picadilly Management

Picadilly Management Limited a été retenue à l’issue d’un appel d’offres pour le pilotage du projet d’exploitation de bauxite de Manantenina, dans la région Anôsy.  Dans la foulée, des jeunes originaires de la région entendent peser sur les conditions de mise en œuvre du projet. Ils affirment souhaiter que les retombées économiques, sociales et industrielles bénéficient en priorité aux populations du territoire concerné.


Picadilly Management Limited a été retenue à l’issue d’un appel d’offres pour le pilotage du projet d’exploitation de bauxite de Manantenina, dans la région Anôsy.


Réunis au sein du Cercle de réflexion pour le progrès d’Anôsy (CERP), ces jeunes souhaitent intervenir en amont du démarrage des activités. Leur démarche repose sur une préoccupation récurrente dans les territoires miniers de l'île : éviter que l’exploitation des ressources naturelles ne se traduise essentiellement par l’extraction et l’exportation de matières premières, sans création de valeur suffisante au niveau local. Leur position s’appuie notamment sur la loi portant refonte du Code minier malgache. Ce dispositif accorde une place au contenu local, au développement des compétences, au renforcement des capacités des communautés et à la priorité accordée au recrutement des travailleurs locaux à qualification équivalente. Le texte évoque également un objectif d’au moins 80 % de travailleurs locaux dans l’exploitation, selon les conditions prévues par les dispositions applicables.


Pour le CERP, ces principes ne doivent pas rester de simples engagements de circonstance. Ils doivent être traduits en obligations précises, vérifiables et assorties de mécanismes de suivi. L’association demande ainsi que des représentants d’Anôsy soient associés à l’élaboration du prochain cahier des charges minier, afin que les intérêts des communautés soient pris en compte dès la définition des conditions d'exploitation. L’enjeu est d’autant plus sensible que les précédentes expériences minières dans la région alimentent les interrogations. Les jeunes du CERP estiment que les populations locales n’ont pas toujours bénéficié d’une considération suffisante au regard des enjeux économiques et sociaux des projets miniers. Sans rejeter le principe de l’investissement minier, ils souhaitent que le projet de Manantenina tire les enseignements de ces expériences et instaure un modèle de développement davantage ancré dans le territoire.


A noter que les informations publiques disponibles sur Picadilly Management Limited restent relativement limitées concernant son expérience dans l’industrie minière. Les recherches dans le registre officiel britannique Companies House font apparaître une société portant cette dénomination, immatriculée le 7 octobre 2013 et dont le siège est déclaré au 46 Albemarle Street, à Londres. Cette entité est enregistrée comme société privée et ses activités déclarées concernent notamment le conseil en gestion, les services aux entreprises et le commerce à distance, sans mention explicite d'une activité d'extraction minière. Il reste toutefois à établir formellement si cette société correspond à l'entité juridique retenue par Madagascar. 


Sur le plan institutionnel, la confirmation de la sélection de Picadilly Management Limited par le Conseil des ministres du 28 août 2026 ne vaut pas encore autorisation définitive d'exploitation. Une phase de négociation avec l'État doit précéder la finalisation du cahier des charges minier, puis l'obtention des autorisations sociales et environnementales nécessaires.  Le partenariat prévoit par ailleurs la transformation à Madagascar d'au moins 30 % de la bauxite extraite, conformément aux exigences annoncées par les autorités. Cette disposition constitue un enjeu industriel majeur : elle doit permettre de dépasser le modèle d'exportation de minerai brut et de favoriser la création de valeur ajoutée dans le pays. 


Picadilly Management Limited peut miser sur un gisement de Manantenina évalué à environ 165 millions de tonnes de bauxite, avec des prévisions d’extraction pouvant atteindre 20 millions de tonnes par an. Le minerai présente une teneur d’environ 41 % en composés transformables en alumine, matière première essentielle à la fabrication de l’aluminium. Le projet doit inclure un volet de transformation locale. Conformément à la nouvelle législation minière, au moins 30 % de la bauxite extraite devront être convertis sur place en alumine, afin d’accroître la valeur ajoutée créée sur le territoire national avant exportation.


Le véritable test sera celui de la concrétisation des engagements. Entre les ambitions industrielles de l'État, les responsabilités du futur exploitant et les attentes des communautés, le projet devra démontrer que la valorisation d'une ressource naturelle peut aussi devenir un levier de développement territorial. "Pour les jeunes d'Anôsy, il ne s'agit pas seulement d'obtenir des promesses, mais de participer à la définition des règles qui détermineront durablement l'avenir économique de la région", a-t-on également fait savoir.